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L’œil de Lucile, la semaine Sainte parmi les chrétiens de Syrie



Pourtant premières Terres de la chrétienté, en Orient les chrétiens sont aujourd’hui partout des minorités.

En Syrie, ils ne représentent plus que 6% de la population du pays, alors que cette partie du monde concentrait en ses terres les premières communautés chrétiennes quelques années après la mort du Christ.

Mentionnée environ 40 fois dans l'Ancien Testament et le Nouveau Testament, c’est la terre de la conversion et du baptême du personnage emblématique du christianisme primitif, St Paul de Tarse à Damas, c’est un lieu de pèlerinage coutumier de St Jean-Baptiste, c’est un terre où l’on parle encore l’Araméen, la langue du Christ, c’est une terre qui recèle de nombreuses reliques saintes, comme un bout de la ceinture de la vierge Marie à Homs, le crâne de St Jean-Baptiste à Damas, une diversité d’Eglises chrétiennes telles que les grecs-melkites, grecs-orthodoxes, syriaques catholiques et orthodoxes, chaldéens, maronites, arméniens catholiques, arméniens orthodoxes et quelques églises latines.

Typiquement à Alep, toutes ces paroisses sont présentes à quelques ruelles d’intervalle et sont emplies de prêtres et fidèles chrétiens qui sont restés malgré les horreurs.

Ces deux dernières semaines, j’ai eu la chance de vivre la semaine sainte des catholiques puis des orthodoxes.





De toute ma vie je n’avais jamais vu des célébrations religieuses aussi belles. Depuis mon enfance, j’ai toujours fêté avec ma famille la fête de Pâques, célébrée par l’Eglise latine.

Nous y retrouvons les mêmes grands épisodes de la vie du Christ à savoir les Rameaux, puis le Triduum Pascal et la messe de Pâques.

Cependant ici j’ai découvert une façon de faire resplendir et retentir dans toute la ville et les églises la foi et les émotions des Syriens d’une manière extraordinaire, d’autant plus que j’ai pu immortaliser ces moments à travers l’appareil photo de l’association avec laquelle je suis ici.




Etant catholique, j’ai intimement préparé mon cœur durant les quarante jours de Carême pour la fête catholique de Pâques, mais c’était une grande chance de découvrir les offices et traditions orthodoxes.

Pour le premier dimanche des Rameaux, nous nous sommes rendus la première fois dans la cathédrale arménienne catholique Notre-Dame-du-Bon-Secours d’Alep, dont la messe était célébrée par Monseigneur Boutros Marayati, archevêque arménien catholique puis pour le second, dans la cathédrale grecque-orthodoxe Saint-Elie, en présence de Monseigneur Ephrem Maalouli, archevêque grec-orthodoxe.

Dans ces deux Eglises, à peine arrivée, les ornements et la végétation qui décorent les églises me subjuguent. Des immenses rameaux naturels sont fixés aux colonnes et aux rambardes des chœurs, aux lustres, et même devant les églises, comme une invitation à entrer se recueillir et bénir le Seigneur de son arrivée triomphante à Jérusalem.




Depuis mon carnet de prière je lis ces mots saints qui m’aident à lier ce que je vois de mes yeux avec les paroles qui préparent :

« Frères bien aimés, Pendant quarante jours, nous avons préparé nos cœurs par la prière, la pénitence et le partage ; et nous voici rassemblés au début de la semaine sainte pour commencer avec toute l’Eglise la célébration du Mystère pascal. Aujourd’hui, le Christ entre à Jérusalem, la Ville sainte, où il va mourir et ressusciter. Mettons toute notre foi à rappeler maintenant le souvenir de cette entrée triomphale de notre Sauveur ; suivons-le dans sa passion jusqu’à la croix pour avoir part à sa résurrection et à sa vie. »

Puis, ce sont de splendides fanfares animées par les scouts qui éclatent à la sortie de la messe. Tambours, grosses caisses, trompettes, trombones, rien ne manque pour exulter et faire résonner la joie des fidèles qui commémorent l’arrivée du Christ à Jérusalem, marquant ainsi l’entrée dans la semaine sainte.

Jeudi Saint, j’ai assisté à la Messe de la Cène du Seigneur et cérémonie du lavement des pieds célébrée par Monseigneur Antoine Chahda, archevêque syriaque catholique en la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption , puis secondement nous avons assisté à celle de la paroisse Saint-Ephrem d'Alep, célébrée par Sa Sainteté Ephrem II Karim, Patriarche d'Antioche et de tout l'Orient de l'Eglise syriaque orthodoxe.

Pour ces deux offices, c’était très marquant de constater ces deux hautes personnalités religieuses s’agenouiller non sans difficulté aux pieds des enfants, les leur laver et y déposer un baiser, le tout dans un parfaite humilité et ferveur, digne des hommes de Dieu qui cherchent à imiter le Christ. Au cours des offices, se succèdent de nombreuses lectures qui reflètent le long cheminement de l’Église vers la connaissance du Christ, à travers des siècles de controverses.




Le lendemain, le cœur des chrétiens est en peine, ce soir-là, le Christ est mis en croix et meurt par les péchés des hommes. Ce vendredi Saint, appelé Grand Vendredi en Orient, est un jour de jeûne et de pénitence que s’imposent les chrétiens, en union aux souffrances du Christ et en réparation des péchés commis par les hommes. Ici dans les deux confessions, on célèbre les funérailles du Christ. Pour les catholiques, la tradition consiste à détacher le Christ de la croix et déposer son corps sur un cercueil fleuri de toute part, et on le recouvre d’un linceul transparent. Nous y assistons dans la cathédrale arménienne catholique Notre-Dame-du-Bon-Secours d'Alep, avec Monseigneur Mayarati, qui a la fin de l’office sort de la cathédrale en procession jusqu’à la place Farhat où se trouvent déjà un grand nombre de croyants attendant le passage du cercueil en espérant pouvoir le toucher ou en recueillir une fleur. La marche est ouverte par la fanfare des scouts suivie de la procession ayant quitté l’église. Après avoir fait le tour de la place, la colonne retourne dans l’église pour déposer le Christ sous un autel latéral en guise de tombeau devant lequel les chrétiens pourront venir prier.





« Ô Jésus, mon doux Sauveur, Vous le Créateur du Ciel et de la terre, Vous acceptez d’être jugé et condamné par un tribunal humain pour que je ne sois pas condamné par un tribunal divin. Donnez-moi de pleurer mes péchés qui sont la cause de votre mort ».



Suite à cela, nous honorons la tradition religieuse d’usage à Alep, à savoir le « tour des sept églises ».

Cette tradition consiste à prier dans sept paroisses de rits différents pour marquer les sept étapes de la Passion du Christ.

Tous font preuve d’une grande créativité pour mettre en scène les funérailles du Christ dans une atmosphère recueillie. Avec une autre volontaire française, nous en profitons pour méditer la Passion et prions deux stations par église afin de boucler notre chemin de croix.

Concernant le vendredi saint orthodoxe, nous sommes de retour dans la cathédrale St-Elie où monseigneur Ephrem Maalouli célèbre l’office. Pareillement, le cœur des fidèles est en peine, et suite à la célébration, une procession se met en place. Les scouts se saisissent de la splendide table relevée d’un baldaquin entièrement fleuri, qui était disposée au milieu du chœur, et sur laquelle est apposée une reproduction de la sainte épitaphe ainsi qu’un saint évangile couvert de dorures métalliques. Encadrée de torches enflammées, une fanfare funèbre les devance. Les enfants de chœur, munis de bannières et ornements, viennent ensuite, précédant les religieux qui bénissent la foule de fidèles.

La foi chrétienne se manifeste concrètement au cœur des rues d’Alep. Nombreuses sont les personnes qui pleurent, mais on ne sait si les larmes coulent en souvenir de la mort du Christ ou certainement aussi en hommage à la beauté de la cérémonie.




Mais le sourire et l’espoir regagnent vite les visages des chrétiens, car le lendemain c’est le temps de la Résurrection ! Levées à l’aurore, nous nous traversons les rues encore endormies de la ville pour nous rendre dans la cathédrale Notre-Dame d’Alep et assistons à la messe de Pâques, célébrée par Monseigneur Georges Maalouli, archevêque grec-melkite, et à nouveau dans la cathédrale grecque-orthodoxe St-Elie la semaine suivante. Les deux célébrations ont débuté leur cérémonie par l’entrée en silence du corps religieux, puis des psaumes sont chantés en alternance avec la chorale, qui prépare les cœurs à l’avènement du Christ.



Ensuite, le bâtiment est plongé dans le noir, les spots de lumières s’éteignent tour à tour, et les membres du chœur partent en procession sur le parvis. L’archevêque clôt la file. Dehors, il encense le Saint évangile et prononce des paroles saintes. Concernant l’archevêque orthodoxe, il a dans ses mains deux grands cierges croisés allumés de la Sainte Lumière.

La tradition orthodoxe affirme que le « Saint Feu » descend annuellement la veille de la Pâque orthodoxe durant laquelle une « lumière bleue émane de la tombe » de Jésus-Christ (dans le Saint-Sépulcre), généralement en remontant de la dalle de marbre couvrant le lit de pierre où le corps de Jésus a été placé lors de son enterrement. La flamme est transmise aux fidèles présents lors de l’évènement mais également à toutes les Eglises d’Orient ! Des convois spéciaux en avion s’organisent et c’est ainsi qu’elle est arrivée entre les mains de l’archevêque Ephrem Maalouli.



Au milieu de la foule à l’extérieur, il encense le Saint Evangile, tous chantent à voix basse, l’ambiance est mystérieuse, quelque chose se passe…

Puis, devant la grande porte en bois de l’édifice, il prononce les paroles Saintes, puis frappe de sa main contre la paroi et les portes s’ouvrent, la nef et le chœur ont retrouvé leur luminosité, les choristes chantent de tout cœur.

« Christos Anesti », le Christ est ressuscité, les fidèles se transmettent la flamme entre voisins, l’église resplendit de lumière.

Les fidèles communient au pain et au vin, puis c’est la bénédiction finale, pendant laquelle les deux archevêques en fonction de leur célébration n’ont pas manqué de faire répéter par trois fois : Almasih qam ! auquel les fidèles répondent : Haqam qam ! « Il est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! »



Derrière mon appareil photo j’ai immortalisé les plus beaux moments et vous les partage ici. Je resterai profondément marquée et ébahie par ces évènements derniers, et suis fière d’être chrétienne parmi les chrétiens d’Orient. »

Christ est ressuscité, Alleluia !


Crédit photo : SOS Chrétiens d'Orient - Lucile






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