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Les Arts Martiaux d'Occident

Les arts martiaux. Ces mots ont ceci de curieux que leur apparition évoque irrésistiblement un sympathique nanar avec Bruce Lee ou bien Ip Man molestant une horde de Japonais sournois[1]. Rien d’asiatique pourtant dans ces mots : art martial. Une technique destinée à la guerre, rien de plus. Or, comme nous, Européens, avons autant à cœur que les autres de nous massacrer cordialement, nous avons aussi développé un nombre conséquent d’arts martiaux.


Stricto sensu, l’entrainement militaire est un art martial, au même titre que l’airsoft ou le paintball. Le premier qui me dit que ce n’est pas réaliste, je lui fais avaler un nunchaku : ce truc parfaitement inutilisable en combat réel tient une place honorable dans les entrainements d’un nombre conséquent de disciplines. Et si les entrainements étaient réalistes, les balles seraient réelles et les morts aussi.


Limitons-nous aux armes blanches, et pénétrons hardiment dans le domaine des Arts Martiaux Historiques Européens (AMHE). Je me permettrai ici une brève présentation, non exhaustive, des multiples disciplines qui existent, par ordre chronologique.


Voici tout d’abord la gladiature, un art tout en finesse, loin des clichés du si bon mais si historiquement incorrect Gladiator. Le but est de blesser l’adversaire d’une manière spectaculaire, pour le public, et non létale, pour l’employeur. Pour les gladiateurs du XXIe siècle, équipés de simulateurs, la touche est donc validée si on atteint le dos. Et pas n’importe comment s’il-vous-plait. Selon les paires qui s’affrontent, les coups légaux sont réduits. Impossible de passer en force, en tapant comme un sourd. Tout se joue à l’agilité, la rapidité, la justesse des déplacements et la précision du geste. Même avec l’équipement du myrmidon (vous savez, le gars qui a un bocal en guise de casque dans Astérix), le plus lourdement équipé, impossible de se prendre pour une machine à tuer : vous êtes vulnérables vous aussi.


J’appelle ensuite les arts martiaux scandinaves. Vous ignorez ce que c’est ? Bon, si je dis vikings, c’est plus clair ? Là, pensez lances, haches, et boucliers massifs de la pointe du menton aux genoux. Le duel est toujours possible, mais les choses les plus belles sont certainement les combats en formation. Même en cinq contre cinq, on s’y croirait. Ce n’est hélas pas assez répandu en France, mais ça existe.


Effectuons un saut jusqu’au XVe siècle et transportons-nous dans l’espace germanique. Voici la majestueuse zweihänder, que l’on nomme espadon dans notre pays. Imaginez une épée à deux mains, avec une garde surdimensionnée et dont la lame atteint parfois les deux mètres. Les combats sont épatants : deux hommes en noir se font face, le visage caché par l’acier mat du masque d’escrime. Leurs vestes matelassées, renforcées aux articulations par des plaques métalliques, se soulèvent imperceptiblement sous les souffles courts des combattants, tandis que les jambes, couvertes de plaques d’armures, les rapprochent l’un de l’autre. Soudain, l’assaut. Les deux épées volent à la rencontre. Parade, contre, riposte. Un geste plus précis, un quart de seconde d’hésitation. Touché !


Dans le même siècle, on trouve également l’épée bocle. Pour l’épée, nous voilà à mi-chemin entre l’épée à une main du chevalier du XIIIe et la rapière du mousquetaire du XVIIIe. Le bocle est un petit bouclier rond, à peine plus large qu’un poing et tenu à bout de bras. Les combinaisons sont innombrables avec cet équipement. Le bocle est à la fois un bouclier, une arme offensive type poing américain, et un excellent outil pour dévier la lame de l’adversaire pendant qu’on lui pique les côtes.


Je passe sur les rapières et les sabres, l’escrime classique les a déjà faits connaître.


Je me permets de finir sur un type oublié mais passionnant : le duel à la baïonnette. Dans un temps pas si lointain, ce sujet semblait si sérieux que les conscrits étaient invités à organiser des tournois entre eux. On retrouve les principes directeurs qui guident le combat à la lance ou à la pique, mais avec un panache tout napoléonien.


Renseignez-vous, il y a aujourd’hui des clubs partout en France. C’est tout un univers s’ouvre à vous. Pardon à tous les amateurs dont j’ai négligé la discipline favorite, mon rédacteur en chef surveille la longueur.


Et comment se déroule une compétition ? Et bien comme vous souhaitez. Certains cherchent le duel, d’autres la reproduction des enseignements des maitres contenus dans d’antiques manuscrits, d’autres inventent leurs systèmes pour compter les points. Libre à vous de trouver ce qui vous passionne le plus.


Et pourquoi en faire ? Mais parce que quand vos pignoufs de compagnons se vanteront de leur match de foot ou de leur partie de tennis, vous pourrez prendre un air supérieur en expliquant que vous pratiquez l’escrime médiévale.


Ou la gladiature.

Ou l’épée bocle.

Ou l’épée à deux mains.

Ou la hache.

Ou la hallebarde.

Ou….

Mais je pense que vous avez compris.


À bientôt donc, à la salle d’arme !

[1]J’ai le droit, c’est le film (chinois) qui le dit

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