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L'or Noir : plaidoyer pour la résilience

Dernière mise à jour : 8 déc. 2020



« Il n’est de richesse que d’homme » disait le physiocrate Jean Bodin. Manifestement, il n’avait jamais croisé un baril de pétrole. Au-delà de ce bon mot, il convient de comprendre que le pétrole est devenu le sang qui alimente le corps de l’économie mondiale. Et pas seulement dans ses ramifications mondialistes les plus exubérantes, mais dans le cœur même de nos vies. Levez donc les yeux de votre écran. Vous verrez que tout, absolument tout autour de vous, à nécessité du pétrole, soit dans sa fabrication, soit dans son transport pour vous l’amener. Le pétrole est le sang, mais aussi la nourriture majeure de l’économie. Toutes nos machines ont besoin d’énergie, et cette énergie est fournie d’abord par le pétrole, ensuite par le gaz. Or, il faut admettre que ces ressources sont limitées et qu’elles le sont certainement plus que ce que nous croyons, et enfin que leur raréfaction risque de poser quelques légers problèmes à notre société industrielle.


Un constat : les ressources sont limitées


Pardonnez-moi ce truisme. Mais en entendant certains évoquer tranquillement la colonisation de Mars à l’horizon 2050, sans jamais se demander comment l’on pourrait construire, déplacer et assembler les immenses structures nécessaires à ce projet, on croirait que le pétrole pousse du sol comme les mauvaises herbes !

Rappelons que le pétrole se constitue pendant des millions d’années. À une échelle humaine, il s’agit d’une ressource qui ne se reconstituera jamais. J’entends les ricaneurs dirent qu’on leur a déjà promis la fin du pétrole. Mais se tromper sur la date de sa mort ne signifie pas que l’on vivra éternellement. Signalons simplement que l’Agence Internationale de l’Energie, respectable institution que l’on ne peut taxer d’alarmiste, a établi que le pic du pétrole conventionnel a eu lieu en 2008[1]. Et les magnifiques courbes qui montrent une augmentation de la production se contentent d’amalgamer à la production de pétrole conventionnel la production de pétrole de schiste, d’une qualité bien inférieure, d’un rendement plus faible et dont le raffinage demande bien plus d’énergie. Ladite énergie étant fournie par... ? Gagné, du pétrole (31 %), du charbon (29 %) ou du gaz (21 %).


Je ne me fatiguerai pas à démontrer l’incapacité des énergies éoliennes et solaires à satisfaire notre consommation croissante d’énergie. Les défauts sont connus : impossibilité de la planification, difficulté de la conservation de l’énergie, intermittence du fonctionnement. N’oublions pas que le gros de la consommation électrique a lieu de nuit, et en hiver. Soit le moment où le solaire est le moins efficient.


De plus, le déploiement d’un parc éolien et solaire conséquent nécessiterait une énorme consommation de ressources non-renouvelables. Pétrole pour la fabrication des éoliennes, silicium pour les panneaux solaires, sable pour le béton des socles, bref, tout le nécessaire à la construction d’infrastructures pour implanter ces centrales, à l’aménagement des territoires, aux mines pour extraire les ressources, etc. Le cycle de vie de ces technologies produit son lot de carbone, et les données sont facilement accessibles, grâce au travail de nombreux chercheurs. Même si, bien évidemment, les coûts de ces énergies sont bien moindres que ceux du charbon, du pétrole ou du gaz, ils existent.


J’entends également beaucoup parler de l’énergie nucléaire, qui, si elle est bien maitrisée, fournit beaucoup d’énergie, permet un contrôle des déchets, est programmable, et dont la matière première est abondante. Problème résolu ? Et bien non, figurez-vous. Selon l’EIA américaine (Energy Information Administration), dans son rapport de septembre 2019[2], la consommation d’énergie devrait continuer à croitre, dans les pays développés comme dans les pays en voie de développement. À raison 1,5 % de croissance par an, cela fait environ 97 millions de Tep (Tonnes équivalent pétrole). Ce qui veut dire qu’il faudrait produire l’équivalent énergétique de 97 millions de tonnes de pétrole en plus par an. Sachant que la meilleure des centrales nucléaires françaises produit 719 690 Tep par an, il faudrait construire 134 centrales nucléaires par an pendant 50 ans !!! Et n’oublions les énormes quantités de ressources non-renouvelables investies dans un tel effort. Le béton, l’acier, les circuits électroniques nécessaires représentent une quantité faramineuse de minerais et de matériaux de toute sorte.


Car si la question énergétique est plus fondamentale, n’oublions pas que des ressources comme l’acier, le sable, les terres rares, et autres sont en quantité limitée.

Et nous touchons là au cœur du problème. La question de la disponibilité des ressources.


Combien de temps avant que telle ou telle ressources viennent à manquer.


Lesdites ressources vont-elles bientôt manquer ?

Commençons par quelques chiffres, afin de nous rendre compte de l’ampleur de la consommation.

Tous les ans, l’humanité utilise : 30 milliards de tonnes de sable, 33 milliards de barils[3] de pétrole, 2 milliards de tonnes de métaux. Rien de tout cela n’est recyclable, sauf certains usages des métaux. En effet, il est difficile de recycler un alliage composé de plusieurs métaux ou d’aller récupérer l’or et les terres rares contenus dans un portable. Comme dit plus haut, les quantités de pétrole disponibles vont commencer à diminuer, notamment si l’industrie du gaz de schiste américain, très fragile, ne survit pas au coronavirus, et à la baisse de la demande, et donc des prix, du pétrole. Cette industrie est censée compenser le ralentissement des autres ressources pétrolières.

Les gisements de sable exploitables se raréfiant, la dernière solution consiste à draguer le fond des océans pour en extraire le sable nécessaire. Pratique aux conséquences désastreuses, et pour la flore marine, qui nous fournit une part de notre nourriture, et pour les littoraux, qui en subissent le contre-coup.

Les métaux sont dans différentes situations. La situation est difficile à analyser car l’ensemble des ressources ne sont pas exploitables et la fraction exploitable fluctue selon les sources. Le nickel exploitable satisferait 32 ans de notre consommation actuelle. Sachant que celle-ci augmente, il reste donc moins d’une génération. Le fer, selon l’augmentation de la demande, serait épuisé entre 2050 et 2065.[4]

Si le recyclage permet de retarder la pénurie, il y a toujours des pertes dans le traitement des déchets et beaucoup de produits ne sont tout simplement pas recyclables. Les solutions exotiques, nodules polymétalliques ou exploitation d’astéroïdes, représentent des investissements colossaux, dont les conséquences écologiques et la faisabilité technique ne sont pas encore assurées.


L’autonomie et la sobriété ne sont pas une option.


Plutôt que de chercher midi à quatorze heures en voulant à tout prix augmenter la disponibilité des ressources, il semble bien plus sage de réduire drastiquement notre consommation d’énergie et de ressources. Il faut prendre conscience de ce que cela implique : une baisse du niveau de confort. S’il y a moins d’essence, moins d’acier, moins de terres rares, alors il y a moins de serveurs internet, moins de téléphone, moins de voiture, moins d’infrastructure médicale. Même si nous conserverons les connaissances médicales, difficile de faire fonctionner une couveuse quand l’électricité est coupée 8 h par jour et qu’il n’y a plus d’essence pour le générateur. Il faudra accepter une hausse de la mortalité infantile, une baisse de l’espérance de vie, une surmortalité face à certaines maladies et la réapparition du risque de mourir en couches. Enfin certains loisirs vont devenir impensables. Le tourisme de masse à l’autre bout de la planète, la démocratisation de l’avion, les vidéos en 4 K HD+ n’importe où, n’importe quand.[5]


Certains penseurs de gauche, comme Ivan Illitch[6] ou Serge Latouche, ont théorisé ce qu’ils appellent « une société conviviale », pour rendre supportable, voire bénéfique cet effondrement. Il faut saluer le travail de ces hommes qui ont réussi à sortir du mirage du progrès technologique, et qui défendent un monde plus humain, moins techno-centré, et qui revalorise l’antique vertu de prudence et de sobriété[7]. Cependant, nous savions déjà l’importance des communautés, du plus haut échelon, l’Europe, jusqu’au plus bas, la famille, en passant par la commune, la région et le pays. Nous autres, membres de la droite nationale et antilibérale, nous avons toujours rejeté le marché, le culte du progrès et la dissolution de nos identités dans la bouillie d’une culture mondiale encore plus bête que laide. Nous avons toujours affirmé la primauté de la communauté sur l’individu, dans l’intérêt même de l’individu. Les hommes ne naissent pas au hasard. Ils sont conçus, naissent et grandissent dans des communautés naturelles, qu’ils ne choisissent pas, qui se sont structurées sans eux et continueront après eux.


Une fois de plus, l’histoire vient à notre rencontre et accomplit nos prédictions. L’actualité s’est chargée d’enfoncer les rires de nos détracteurs dans leur gorge à grand coup de poings. Les bourgeois libéraux peuvent s’enterrer la tête dans le sable, il est maintenant évident qu’ils n’échapperont pas à la vague qui pointe déjà à l’horizon.


Mais ce n’est pas assez d’avoir eu raison. Il faut FAIRE. La mise en place d’un potager ou d’un poulailler, le refus d’un travail inutile, voire parasitaire, l’investissement dans la vie publique locale ne relève plus d’une éthique de vie responsable, ou même d’une conception anthropologique saine. Il s’agit d’une urgence vitale. Ce que nous faisons volontairement aujourd’hui, en jetant nos télés à la poubelle, en réduisant notre consommation d’écrans, en multipliant les liens d’amitiés avec ceux qui nous sont proches, nos voisins le subiront dans 5, 10 ou 15 ans. Nous devons être les modèles, non pas de la société d’aujourd’hui mais de ce qu’elle sera dans une génération. Nous sommes les prophètes d’un monde plus sobre, plus identitaire, moins économique, moins technologique. Nous sommes les hérauts de la décroissance.



Ecrit par Mayeul


Pour aller plus loin :

  • P. Servigne, Comment tout peut s’effondrer : petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Seuil, coll. « Anthropocène », 2015, 304 p.

  • J.-M. Jancovici, Dormez tranquilles jusqu'en 2100, et autres malentendus sur le climat et l'énergie,Éditions Odile Jacob, 2015

  • La chaine Youtube « Le Réveilleur ».

  • De manière générale, les travaux du Shift Project, disponibles sur leur site internet.



Sources :

[1]Recension du rapport de l’AIE, avec un lien vers le rapport : https://www.lemonde.fr/blog/petrole/2019/02/04/pic-petrolier-probable-dici-a-2025-selon-lagence-internationale-de-lenergie/

[2]Le lien du rapport (en anglais) https://www.eia.gov/ieo

[3]Un baril représente environ 159 litres

[4]https://metalblog.ctif.com/2020/06/22/les-metaux-vers-une-penurie-mondiale/

[5]Pablo Servigne, Comment tout peut s’effondrer ?, 2015, Seuil.

[6]Ivan Illitch, La convivialité, 1973,

[7]Serge Latouche, Petit traité de la décroissance sereine, Paris, Mille et Une Nuits, 2007



#pétrole #nucléaire #décroissance #sobriété #capitalisme #consommation #société #écologie

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