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L’esprit des origines

Cette méditation a été composée pour accompagner un pèlerinage organisé pour les cadres d'Academia Christiana vers l'ermitage de saint Latuin en Normandie.


Le vieux Job couvert de plaie sur son tas de fumier

Notre vie sur terre est un pèlerinage. « Vita hominis super terram militia est » disait le vieux Job couvert de plaies sur son tas de fumier. La vie de l’homme sur terre est un combat. Nous ne sommes pas ici bas pour passer des vacances au Club Med mais pour marcher vers Dieu. La vie est cyclique, elle est un éternel recommencement comme disait Nietzsche : nous venons de Dieu et nous retournons à lui.


La marche que nous faisons aujourd’hui est riche en symboles :


D’abord, nous utilisons nos pieds alors que le Français moyen (nous compris, bien souvent) utilise la voiture pour le moindre déplacement.


Nous marchons vers un lieu saint. Et pas n’importe lequel ! Arrêtons-nous un instant sur la portée symbolique de notre destination. Dans un écrin de verdure, entre champs et prés, se dresse l'église de Bellefonds. A côté de l’église existe une fontaine où les malades viennent encore aujourd’hui se plonger, en laissant les linges de toilette accrochés à la grille qui l’entoure. L’Eglise séduit au premier coup d'oeil par sa simplicité et son originalité : une chapelle seigneuriale et ses piliers du XIIe où l'on peut admirer un retable et son cadre, unique, en pierre du XVIIe ; une nef et des fonts baptismaux du XVIe ; un clocher-porche du XVIIIe. Lors des travaux de restauration, nous avons découvert des inscriptions murales relatant les Dix commandements. Elle a été construite sur l'emplacement d'un oratoire fondé au IVe siècle par saint Latuin, premier évêque de Séez, à l’aube de la chrétienté.

Qui était Saint Latuin ?

Honoré comme le premier évêque de Sées, à quelques mètres de la cathédrale actuelle, Latuin donnait le baptême dans l’Orne. La tradition raconte qu’à son arrivée à Sées, Latuin se réfugia chez une veuve dont la fille était aveugle de naissance et la guérit. Ce qui lui valut une solide réputation de thaumaturge.

L’époque de saint Latuin est celle de la fin de l’empire romain et des invasions germaniques en Normandie. Avant que soit construite la cathédrale de Sées, il existait un temple romain dont il reste encore quelques vestiges aujourd’hui, notamment des fresques reprenant des motifs grecs. À partir du deuxième tiers du IIIe siècle, les raids barbares dévastent le pays normand. Les traces d’incendies et les trésors monétaires enfouis à la hâte montrent les progrès de l’insécurité en Gaule du Nord. Le littoral doit faire face à la piraterie maritime des Saxons qui donneront leur nom à la ville de Sées qui originellement s’appelait « Saxe » : la ville des Saxons. Les toponymes « Allemagne » « Almenêches" (à quelques pas d’ici), attestent de la présence d’Alamans.

Des légions romaines s'installent dans la future Normandie, notamment la Prima Flavia Gallicana Constantia qui donne son nom à Constantia (Coutances alors chef-lieu des Unelles) et au pagus Constantina (le Cotentin).

C’est aussi à cette époque que commence la christianisation de la province : les historiens savent qu’en 314, Rouen a déjà un évêque.

Saint Latuin connut les heures difficiles des pionniers : l'incrédulité et la persécution. Si en un certain sens notre époque est très différente de celle que connu saint Latuin, les misères de l’existence humaine, elles n’ont guère changées. La froideur des coeurs possédés par l’argent, le manque de courage des bons, l’orgueil humain qui empêche toute remise en question, la peur de voir le Christ perturber notre routine, notre recherche du confort, notre médiocrité suave…

Saint Latuin a sans doute connu les mêmes épreuves que nous, il fut sans doute habité par le courage surnaturel des premiers chrétiens, sa foi fut sans doute si forte que Dieu lui donna le pouvoir de guérir les malades.


A beaucoup d’égard, notre époque d’apostasie nous confine dans une solitude semblable à celle du saint dont nous suivons aujourd’hui les traces.

Pèleriner c’est donc aussi se replonger dans notre histoire, aller boire à la source. Notre source c’est le Christ, mais notre christianisme gaulois et celte s’est aussi développé sur les sources que vénéraient nos ancêtres païens. Il ne s’agit pas ici de faire dans la nostalgie ou de réactiver des cultes périmés que nous ne pourrions plus comprendre avec nos intelligences modernes, non il s’agit de voir que la source symbolise à la fois la grâce miraculeuse qui irrigue nos âmes sèches, mais c’est aussi le lieu des commencements. Ce pèlerinage doit donc être aussi vécu comme un retour aux sources, un moment où l’on

cultive notre plus longue mémoire et la vertu de piété filiale par-delà les siècles.



Nos origines sont radicales, les premiers chrétiens ne se terraient pas chez eux lorsqu’on leur interdisait de se réunir, ils trouvaient des lieux clandestins pour célébrer la divine liturgie. Ils ne craignaient pas pour leur réputation, ils ne se souciaient pas de leur respectabilité, de leurs plans de carrière, des risques économiques ou de ce que les médias diraient d’eux s’ils allaient avec courage témoigner de leur foi dans l’arène, face aux lions. L’esprit des origines est celui des martyrs, des chevaliers et des saints ermites faiseurs de miracles. C’est l’insolence et la fidélité. La source est pure et dure, ce n’est qu’au fil du fleuve que viennent se déverser les diverses pollutions : mondanité, respect humain, souci de sa réputation, recherche du confort matériel…

Notre christianisme de paroisse tradi s’est horriblement embourgeoisé, il ne s’agit pas de mépriser qui que ce soit, mais de prendre conscience que nous sommes aussi contaminés par cet horrible virus.

Que dirions-nous si nous voyions aujourd’hui Saint Latuin ? Nous verrions sans doute le portrait d’un évêque assez éloigné de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui. Un fou, un loufoque, un hurluberlu, un illuminé… Nos évêques en clergyman sont à l’image de notre époque, des gestionnaires prudents qui veulent surtout ne pas faire de vague. Le but du christianisme, chez les tradis, consiste bien souvent à reproduire le troupeau à l’écart du reste de la société, à se préserver des risques de la vie et à sauver sa réputation. Saint Latuin nous aurait vomis. Il nous dirait « qu’avez vous fait de l’amour ? Comment pouvez-vous prétendre avoir la foi, vous ne croyez qu’en vous même !? «

Profitons de ce pèlerinage pour plonger nos âmes dans les eaux rafraichissantes de la source. Que les eaux miraculeuses nous guérissent de nos maladies bourgeoises.



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