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Zemmour-Le Pen : ce qui les oppose vraiment



On présente parfois l’opposition Zemmour-Le Pen comme un clivage entre une ligne libérale-conservatrice défendue par Reconquête! et une vision populiste qui serait celle du Rassemblement national. Cette présentation rassure les commentateurs mais élude la raison profonde de l’enthousiasme généré par Eric Zemmour et, en miroir, le désamour d’un certain nombre de Français pour Marine Le Pen : la chiraquisation de son discours, une dédiabolisation et des propos malheureux sur les « catholiques traditionnalistes », un patriotisme civique laïcard et une trop grande complaisance à l’égard de l’islam qui lui fait rejeter la réalité du grand remplacement.


C’est la ligne identitaire du RN qui triomphe avec l’ascension médiatique de Eric Zemmour. L’ancien journaliste séduit par l’axe civilisationnel qui est la ligne rouge de sa campagne, comme il l’a rappelé chez France Inter (« Des candidats et des jeunes », 22 février) : « Ma mesure phare [pour les jeunes], c’est le sens de mon engagement pour la présidentielle. Si je me suis engagé, c’est pour arrêter l’immigration, pour éviter que notre pays, quand vous serez adulte, ne devienne le Liban en grand ou un 58ème Etat musulman. » Il est par ailleurs partisan de bloquer la PMA et opposé à l’élargissement du droit de tuer les enfants à naître. Sur la PMA, il faut rappeler que Marine Le Pen, en 2019, s’était positionnée contre. Ni l’un, ni l’autre ne propose de revenir sur la parodie homosexuelle de mariage, qu’ils considèrent comme un acquis regrettable mais intouchable. Tous deux refusent de toucher à la binationalité et Marine Le Pen (Valeurs actuelles, 21 janvier) invoque l’exemple des Franco-Marocains « car leur pays l’interdit » (de renoncer à la nationalité marocaine). Contrairement à une analyse hâtive qui y verrait un renoncement à un « totem de la doctrine nationaliste », laisser aux descendants d’immigrés la nationalité du pays d’origine de leur famille faciliterait, dans un second temps, une politique de retour au pays : la remigration, seule solution au grand remplacement. Leur donner le droit de choisir entre les deux nationalités, ou leur imposer la française, revient à créer une fiction assimilationniste intenable à l’heure ou près d’un habitant sur cinq (sans compter la troisième génération d’immigrés !) vient de l’étranger (Jean-Paul Gourévitch, Les véritables enjeux des migrations, 2017).


Sur Schengen, Zemmour va plus loin que Marine Le Pen, qui a renoncé à en sortir, comme d’ailleurs sur la Cour européenne des droits de l’homme, corset de fer idéologique imposé à la souveraineté nationale. Zemmour est donc mieux placé que la candidate du RN pour s’opposer à l’immigration-invasion, mais au regard de leurs propositions concrètes, une feuille de papier à cigarette les sépare. Si Zemmour bataille contre l’excès de charges sociales pesant sur le salaire brut, le RN n’a pas renoncé à la lutte contre le fiscalisme et Reconquête! n’excuse pas les délocalisations dont Marine Le Pen s’émeut. Zemmour est un colbertiste, un partisan de l’Etat stratège en macroéconomie (terme aussi revendiqué par Mélenchon) et poujadiste pour les PME. Ni l’un, ni l’autre n’est libéral, le libéralisme prônant la dérèglementation complète de l’économie, que ce soit pour les GAFA ou le boulanger du coin. Défenseur des libertés économiques pour les petits et souverainiste ennemi du mondialisme, Zemmour est autant populiste que Marine Le Pen. Le reste est affaire de communication et n’a rien à voir avec des orientations idéologiques profondes.

Julien Langella



Retrouvez tous les samedis, dans le Quotidien Présent, les réflexions inspirées par l’actualité à Julien Langella, cofondateur de Génération identitaire et membre d’Academia Christiana.


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