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Seigneur, délivrez-nous de l’épidémie de nos lâchetés !



Nous retranscrivons ici l'excellente tribune de l'Abbé Raffray parue le lundi 2 mars sur Boulevard Voltaire.


Lire l'original ici : https://www.bvoltaire.fr/seigneur-delivrez-nous-de-lepidemie-de-nos-lachetes/



Dans la frénésie actuelle, nos évêque français font du zèle : sans que personne ne leur demande rien, ils ferment leurs églises, suppriment les messes dominicales (au moins dans le diocèse de Beauvais), interdisent la communion sur les lèvres (quelle aubaine, depuis le temps !)… que chacun reste chez soi, il ne faudrait pas être accusé de collaboration avec le méchant virus.


Permettez-moi, comme théologien, comme prêtre, et avec beaucoup de catholiques, de regretter une telle pusillanimité, ou même une telle compromission. Quand on pense que le brave catholique qui n’aura pas pu assister à sa messe du dimanche chopera le satané virus au supermarché, dans un bus bondé ou dans la salle d’attente du médecin, on se dit qu’il aurait peut-être mieux valu qu’il puisse faire ses dévotions, demander pardon pour ses péchés, mettre un cierge à saint Roch, que sais-je, peut-être même recevoir la sainte communion ! Surtout si, par malheur, le virus devait l’emmener directement devant son Juge, aux portes de l’éternité…


On dira que je manque de prudence, de précaution, de sagesse épiscopale… Mais il me semble qu’à une autre époque, peut-être pas si lointaine et, en tout cas, beaucoup plus noble, l’évêque de Beauvais serait sorti de sa cathédrale en procession, portant lui-même les reliques du grand saint Éloi et accompagné du chapitre des chanoines au grand complet, d’une foule d’enfants de chœur et de tous les paroissiens réunis, en chantant des cantiques et des psaumes pénitentiels à travers la ville, revêtu d’une chape violette en signe de pénitence, pour demander à Dieu sa miséricorde et sa protection, pour implorer l’aide de la Vierge Marie et de tous les saints protecteurs de ce diocèse fondé au IIIe siècle… Alors, une foule se serait jointe spontanément à la procession et on l’aurait fait durer jusqu’à la nuit, par l’adoration du Saint-Sacrement dans la cathédrale, portes grandes ouvertes, au son du glas et à grand renfort d’encens. Les jeunes eux-mêmes seraient entrés dans l’église incrédules, en ricanant peut-être, et ils en seraient ressortis bouleversés, comprenant que lorsque c’est la vie qui est en jeu, alors on se doit de préparer son éternité, et qu’en ce domaine, les prêtres dont on se moque si souvent peuvent bien être, pour une fois, utiles à quelque chose…


On aurait alors instauré une prière spéciale, par décret spécial de Monseigneur l’évêque (avec son sceau aux armes épiscopales, et non avec un logo ridicule payé on ne sait combien à une officine parisienne), on aurait fait célébrer des messes « pro vitanda mortalitate vel tempore pestilentiae » par tous les prêtres de la région, on aurait fait prêcher sur la pénitence et sur les fins dernières, sur la nécessité de se convertir, c’est-à-dire de se tourner vers Dieu lorsque les choses nous échappent, comme c’est souvent (pour ne pas dire toujours) le cas, surtout face à une épidémie. On aurait fait un boulot d’hommes de Dieu, en somme, et non un travail de prudent pisse-copie provincial…


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