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  • Abbé Arnaud Renard (F.S.S.P.)

L’évangélisation ou la reconquête spirituelle


Conférence donnée dans le cadre d’Academia Christiana le 19 août 2016

Nous nous plaçons ici dans une perspective résolument catholique, et nous présupposons, à notre point de départ, la foi.

Première question : faut-il opposer reconquête et évangélisation ? En effet, le sujet de cette causerie se prête à une double lecture. Reconquérir spirituellement la cité où nous vivons, ou l’évangéliser : est-ce la même chose ?

Il y a dans le terme même de reconquête l’idée d’une lutte armée, d’un combat à mener. Le terme d’évangélisation au contraire paraît plus neutre, plus pacifique. Pour ma part, je suis partisan de ne pas opposer les deux notions, mais plutôt de les tenir ensemble car les deux idées se complètent et éclairent l’action dont il va être ici question. L’évangélisation suppose certaines armes, sur lesquelles nous reviendrons, et sans lesquelles on ne saurait avancer beaucoup. De même, la reconquête spirituelle de notre pays serait en fait très superficielle si elle ne correspondait pas une évangélisation intégrale et profonde des esprits, des cœurs, et des lois.

Toujours par manière d’introduction, je voudrais aussi indiquer la réticence qui m’habite lorsque l’on entend parler de « nouvelle évangélisation ». L’évangélisation n’est pas la panacée du XXIe siècle. Elle est de tous les temps et de tous les lieux, depuis l’Incarnation du Seigneur, depuis cet instant précis où le Christ a envoyé ses apôtres vers le monde entier : « De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du père, et de Fils et du Saint-Esprit. » (Mt 28, 19). Par ailleurs, l’adjectif « nouveau », nouvelle évangélisation laisserait penser soit que l’on a enfin compris comment s’y prendre à la différence de nos anciens, jugés incompétents ; soit encore que l’on a trouvé la recette miracle, rendant caducs des formes d’apostolat jugées dépassées ou ringardes. Une telle vision des choses manque manifestement de la plus élémentaire modestie. Je ne m’y attarde donc pas davantage. Mais dès le départ, plaçons dans la perspective que je crois juste : nous sommes des héritiers et nous continuons à notre place la mission bimillénaire de l’Eglise catholique romaine et apostolique instituée par le Seigneur en personne, pour le salut du monde.

Ayant à développer ce thème, en fait très actuel, de l’évangélisation de la cité, je propose de le faire en deux temps. Nous regarderons d’abord pourquoi évangéliser : à quoi bon, dans quel but ? Puis viendra le temps de nous demander comment cette reconquête des personnes et des institutions doit être (ou peut être) envisagée ?

Pourquoi évangéliser ?

Essayons de nous placer au plan de la théologie, cette science des réalités divines auxquelles nous avons accès par la Révélation faite aux hommes par Notre Seigneur Jésus-Christ. Le Christ nous révèle le plan de salut de Dieu pour les hommes. Le salut, c’est la vie éternelle qui apporte à l’horizon nécessairement fini de l’existence humaine sur terre une réponse et une espérance extraordinaire : c’est, pour reprendre les mots de S. Jean, de connaître le seul vrai Dieu, et son fils Jésus-Christ. Et cette connaissance, qui honore la raison humaine, en même temps la dépasse. Elle est un don de Dieu : quelque chose que l’on reçoit, que l’on doit accueillir, et non une réalité dont on serait propriétaire, comme le sont les biens matériels. D’emblée on comprend que l’évangélisation se situe sur un plan qui, sans mépriser l’ordre temporel (et singulièrement les questionnements politiques, ordonnés au bien commun de la cité temporelle), néanmoins transcende cet ordre de choses.

Dès qu’on parle de l’Evangile du Christ, on se situe de plain pieds dans l’ordre surnaturel, un ordre de réalité qui tire sa cohérence de sa cause finale, à savoir la vie éternelle, la vision bienheureuse de Dieu que le Christ nous révèle et que par grâce, il nous rend accessible. C’est la Bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ, que le Seigneur nous a demandé de prêcher à toute la terre.

L’évangile est une grâce, un don reçu d’en haut, et cela me permet, pour répondre à la question pourquoi évangéliser (dans quel but ? à quoi bon ?), de m’appuyer sur les deux facettes du mystère de la grâce.

Comme le montre S. Thomas, en Ia IIae q. 109-114, la grâce est à la fois sanans et elevans : pour traduire, elle est guérissante et élévante. Ces deux aspects structurent la vie chrétienne. Car une vie est chrétienne dans la mesure où la grâce sancitifiante en est comme l’âme, le souffle. Or, la grâce nous est donnée pour réparer ce qui en nous, du fait du péché originel, est désorienté, ne nous permettant plus, sans le secours gratuit de Dieu, de marcher effectivement et efficacement, jusqu’à l’éternelle béatitude. La grâce donc répare, guérit, et en même temps, elle introduit dans des régions insoupçonnées, elle effectue cette union spirituelle et très profonde entre l’homme et les Trois personnes divines. C’est ce qu’on appelle l’inhabitation trinitaire, la vie de Dieu dans le cœur de l’homme : c’est, pour reprendre le mot de S. Thomas, le commencement de la vie éternelle. On résume cela à travers un adage devenu classique : gratia semen gloriae. La grâce sanctifiante est le germe de la gloire éternelle. La vie d’union à Dieu commencée ici-bas a pour suite « naturelle », si je puis dire, la béatitude éternelle. Voilà le cœur du message chrétien (et donc de l’Evangile), et donc l’objet d’une authentique évangélisation. Voilà ce qu’il faut faire connaître et ce dont il faut susciter le désir chez autrui, selon le commandement du Christ : à travers un discours intelligible, mais à travers une parole qui ne soit pas infirmée par le mauvais exemple de notre vie. Car la meilleure des prédications reste et demeure l’exemple rayonnant d’une authentique vie chrétienne, qui ne se paye pas de mots. Les actes ont plus de force que les paroles.

On peut approfondir, en prenant S. Thomas pour maître, puisque le Magistère de l’Eglise lui a à dessein, décerné le titre de Doctor communis : S. Thomas a toujours quelque lumière à nous offrir pour nous permettre de pénétrer le cœur de la Révélation divine, et donc la nature profonde de l’évangélisation.

Si nous prenons pour point de départ le mystère de la grâce, et sa double finalité : la grâce est sanans, la grâce est elevans, on peut dire ce qui suit.

En tant qu’elle est est elevans (c’est ce qui caractérise le plus proprement la grâce divine : en effet, Adam et Eve furent créés dans la grâce de Dieu, et chez eux, lorsqu’ils sortirent des mains de Dieu, la grâce était purement et totalement élévante : elle ne venait pas réparer et guérir une nature blessée) : ainsi, la don de la grâce nous rappelle que la vraie finalité de la nature humaine, qui n’est pas exigée par notre nature mais gratuitement offerte par Dieu à elle, est une finalité surnaturelle. La grâce nous est donnée, normalement au baptême, pour que nous devenions enfants de Dieu.

Ici, il faut souligner le rôle capital de la foi surnaturelle. La foi est là encore un autre don de Dieu qui découle de la grâce divine : la foi est comme le « prolongement » de la grâce dans l’intellect : elle est une vertu surnaturelle distincte qui rend notre esprit capable de croire en Dieu, d’adhérer à la Révélation surnaturelle des mystères divins. Il n’y a donc pas de véritable évangélisation en dehors de la foi théologale. C’est ce qui ressort très nettement de plusieurs passages de la Sainte Ecriture. Par exemple,

« Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ceux-là (…) sont nés (…) de Dieu. » (Jn 1, 12-13).

« Ils lui dirent alors : « Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Jésus leur répondit : « L’œuvre de Dieu c'est de croire en celui qu'Il a envoyé. » (Jn 6, 28-29)

« En effet, si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut. L’Écriture ne dit-elle pas : Quiconque croit en lui ne sera pas confondu ? Aussi bien n’y a-t-il pas de distinction entre Juif et Grec : tous ont le même Seigneur riche envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Mais comment l’invoquer sans d’abord croire en lui ? » (Rm 10, 9-14)

« Sans la foi, il est impossible d'être agréable à Dieu, car celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il récompense ceux qui le cherchent. » (Hb 11, 6)

Dans ces textes, dans lesquels nous voyons la Parole de Dieu lui-même, est affirmée la nécessité de croire pour être sauvé. Deux remarques à ce propos :

« Mais comment l'invoquer sans d’abord croire en lui ? Et comment croire sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? »

Evangéliser, c’est donc faire entendre cette parole de Jésus, la dire à temps et à contretemps, et comme je le disais plus haut, la prêcher à travers toute notre existence.

2) Deuxième remarque : c’est l’explication, très profonde, que l’on peut donner à cette nécessité de la foi. L’homme est un être rationnel, qui ne se conduit pas, normalement, et c’est en cela qu’il n’est pas un animal comme les autres, par ses seuls instincts : l’homme réfléchit en vue d’agir « conformément à la droite raison », c’est-à-dire selon sa nature d’homme. L’argument est simple, mais décisif : 1. la finalité de la vie humaine est surnaturelle, 2. l’homme, doué de raison, agit raisonnablement. 3. Il lui faut donc une connaissance de sa fin surnaturelle de manière à adapter son agir et atteindre sa fin. C’est l’objet de la vertu de foi. (cf. IIa IIae q. 2, a. 3).

Je passe maintenant au deuxième aspect du mystère la grâce : la grâce guérit (gratia sanans). L’Ecriture en effet, se fait l’écho de la chute de l’humanité. Vous connaissez le récit de la Genèse, et la valeur de son enseignement au plan théologique (en prenant garde de ne pas vider ces récits de leur portée véritablement historique). Le péché du premier couple humain a jeté l’humanité qui en descend physiquement dans un état de déchéance et de révolte contre le créateur. Même chez le baptisé, devenu par le sacrement enfant de Dieu, il reste quelque chose de cette déchéance. La nature, même restaurée par la grâce, est blessée. Saint Paul le dit très clairement dans un texte célèbre :

« Nous savons, certes, que la loi est spirituelle ; mais moi, je suis charnel, vendu comme esclave au péché.

Effectivement, je ne comprends rien à ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais. (…) Car je sais qu’en moi - je veux dire dans ma chair - le bien n’habite pas : vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir. » (Rm 7,14-15-18)

Autrement dit, accomplir toujours le bien dépasse les capacités de notre nature blessée. Blessé par le péché originel, l’homme ne peut même plus accomplir tout le bien proportionné à sa nature et éviter tout péché (cf. Ia IIae q. 109, a. 4 et 8). A fortiori, il ne peut pas non plus obtenir par ses seuls efforts la vie éternelle et vivre dès ici-bas comme un saint. Pour ne pas pécher, pour agir toujours selon que l’exige notre nature d’homme, et surtout pour mériter le Ciel, il nous faut ce secours divin qu’est la grâce divine. En ce sens, la grâce vient réparer la nature humaine et rendre possible ce qui, sans elle, ne le serait pas.

J’en reviens au thème central de notre réflexion : l’évangélisation. Celle-ci a pour sujets (pour cause matérielle pour parler en thomiste), des membres de la race humaine, des hommes et des femmes comme vous et moi, dont la nature est blessée. C’est ici que se trouve le point d’insertion de la dimension de combat, de reconquête. En effet, déjà en nous (a fortiori au plan social), il y a un combat à mener : il y a une lutte entre ce que S. Paul appelait « le vieil homme », et « l’homme nouveau » que le Christ vient régénérer au moyen de la grâce.

« C’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute famille tient son nom, au ciel et sur la terre ; qu'il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance, par son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur, qu’il fasse habiter le Christ en vos cœurs par la foi. » (Ep 3, 14-16)

La lutte entre le règne du péché et celui de la grâce se fait donc sur deux plans : le plan individuel (nous devons combattre chacun, en nous, pour que l’Evangile nous transforme et que nous devenions parfaits chrétiens) et le plan social. Car la société, qui n’existe que par le fait des hommes, et d’hommes pécheurs, a aussi besoin, analogiquement, d’être « guérie » et « élevée » pour rendre possible et servir la fin surnaturelle de ses membres. Le pape Jean-Paul II a dénoncé bien souvent ce qu’il appelait des structures de péchés qui infectent la société, la cité temporelle : c’est l’équivalent de ce qu’on appelle, au plan personnel, les vices, ou encore les mauvaises tendances qui défigurent notre nature humaine et notre dignité de fils et de filles de Dieu.

Quoiqu’il en soit, gardons en tête que cette dimension sociale appartient de droit à l’évangélisation : l’Evangile doit pénétrer de son parfum, de sa bienfaisante influence, les personnes, mais encore les cités dans lesquelles vivent ces mêmes personnes. La vie d’un saint a quelque chose d’incroyablement rayonnant, lumineux. De la même manière, la pénétration des idées, des vertus et des principes chrétiens transforme les sociétés. Exemples de l’évangélisation du Nouveau Monde au XVe siècle, ou encore du modèle de la Chrétienté médiévale (dans lesquels il ne s’agit pas de dire que tout était parfait) : il est certain que cette influence spécifiquement chrétienne a été indiscutablement bienfaisante pour ceux qui en ont bénéficié, en transformant profondément les mœurs.

Deux remarques encore :

la première est qu’à l’inverse, le rejet de la morale chrétienne, et plus profondément de certains éléments essentiels de la foi chrétienne (spécialement de l’espérance surnaturelle en l’éternelle vie) dans des pays qui ont été chrétiens a quelque chose de plus grave que la résistance de contrées qui n’ont pas reçu encore la foi catholique. Là encore, Jean-Paul II comme Benoît XVI n’ont pas mâché leurs mots pour dénoncer « l’apostasie » qui gagne l’Europe au bénéfice d’un matérialisme absolu. La montée de l’Islam et les conversions qu’il suscite dans nos pays de vieille chrétienté en découle en partie.

Ma deuxième remarque nous ramène encore à l’Evangile, avec cette parabole du Christ qui donne à réfléchir : celle du bon grain et de l’ivraie. Dans le combat entre les fils de lumière et ceux des ténèbres, le Christ ne dit pas d’arracher l’ivraie, de peur d’arracher le froment avec. Autrement dit, le jugement appartient à Dieu seul. Ici-bas, tout n’est pas tout noir, ni tout blanc : le meilleur est bien souvent mêlé à l’imparfait, et parfois même au pire ! Il faut l’avoir en tête dès qu’on touche à l’évangélisation, en nous rappelant le combat qui se mène en chacun entre le Saint-Esprit et Satan, mais aussi dans l’ordre de l’action politique. Le pape Pie XII insistait pour que les chrétiens s’associent avec les hommes de bonnes volonté. Dès qu’on peut travailler ensemble pour faire progresser le bien, qu’il s’agisse du bien surnaturel, mais même déjà du bien naturel, il ne faut pas hésiter (à propos du bien naturel, je pense aux divers engagements pour défendre la nature humaine dans son intégrité, avec le combat pour la vie ; ou encore aux divers engagements associatifs, éducatifs, culturels, et enfin plus directement politiques, travaillant à défendre sous diverses formes le bien, le vrai et le beau : tout cela est à promouvoir, selon les talents et les aptitudes de chacun). En tout cas, n’attendons pas un S. Louis pour nous engager à sa suite. Le camp des purs n’existe pas !

Ces dernières réflexions nous permettent nous permettent de passer au deuxième volet de notre exposé : après avoir réfléchi à la finalité de l’évangélisation, en nous appuyant sur la structure de la grâce sanctifiante (véritablement évangélique dans nos vies, et à travers notre action, dans la cité), il reste à nous poser la question du comment.

Comment évangéliser ?

Je reprendrai ici la distinction déjà énoncée, très simple, entre le plan individuel et le plan social. Par où faut-il commencer ? Certainement par soi-même ! Car avant de prétendre à changer le monde (en mieux, espérons-le), il faut commencer par soi. Voilà encore un enseignement foncièrement évangélique : celui de la parabole de la paille et de la poudre. On voit aisément le défaut, le manque, l’imperfection chez autrui, et dans un sens très large dans notre société, et obnubilé par ces lacunes bien réelles, on ne voit plus l’imperfection qui nous habite encore. Je ne veux pas dire que le mal de nos sociétés se ramène à une paille, tandis que nos défauts ont la taille d’une poutre, mais on gagnerait certainement à méditer pour notre profit (humain et chrétien) ces mots du Seigneur.

Donc, l’évangélisation (ou la « reconquête spirituelle ») commence par soi-même : c’est, en pratique, la recherche de la sainteté par l’ascèse, le développement des vertus, la vie de prière, la fréquentation des sacrements et finalement à travers une vie de plus en plus vécue non seulement pour Dieu mais à partir de Dieu, dans l’union habituelle et de plus en plus profonde à sa Volonté. Bref, c’est l’idéal de sainteté qu’il faut adopter carrément. Etre un saint, voilà la première évangélisation, à portée de main pour chacun d’entre nous : l’évangélisation individuelle ! Et dans cette grande affaire, qui est l’œuvre d’une vie, la vôtre, la mienne, ce qui importe, c’est de ne pas procrastiner, et se dire on verra plus tard, mais nous y atteler sérieusement. Car les années passent vite, et comme le dit Notre-Seigneur, « vous ne savez pas à quelle heure le Seigneur va venir vous chercher »…

En tout cas, c’est ici le cœur de l’Evangile, et donc de l’évangélisation : celui qui ouvre la Bible et prend le temps d’en chercher les passages essentiels l’aperçoit avec évidence. Je vous donne simplement quelques textes :

« Lorsqu’Abram eut atteint quatre-vingt-dix-neuf ans, Yahvé lui apparut et lui dit : Je suis El Shaddaï, marche en ma présence et sois parfait. » (Gn 17, 1)

« Parle à toute la communauté des Israélites. Tu leur diras : Soyez saints, car moi, Yahvé votre Dieu, je suis saint. » (Lv 19, 2)

« Je vous exhorte donc, frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel. Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait. » (Rm 12, 1-2)

D’autre part, la question de mots qui nous occupait dans notre introduction (évangélisation ou reconquête spirituelle) est ici tout à fait opérante : car notre petite personne n’est pas un terrain neutre. On est appelé, par cette vocation surnaturelle à devenir des saints, à de très grandes choses, mais le terrain est souvent revêche. D’où cet arsenal d’armes de tous genres que l’Eglise propose à chaque chrétien, pour que la grâce nous transforme. Je pense aux sacrements, à la vie de prière, au culte divin, au travail de formation intellectuelle, au devoir d’état bien compris, aux œuvres d’apostolat, etc. Bref, c’est immense, et cela mériterait un traitement séparé. Mais soyons sûr que pour conquérir notre âme au Christ, on ne fera pas l’économie de cet armement-là !

L’évangélisation a aussi un versant social : il s’agit de ré-infuser les valeurs naturelles et chrétiennes dans une société qui les rejette de plus en plus.

Ici, on touche à un aspect d’engagement des chrétiens dans la sphère sociale et politique. Je serais bien incapable de vous proposer des recettes miracles. Mais, tout en vous encourageant à un tel engagement, je voudrais pour le moins tenter de fonder cette action qu’on aurait tort de laisser à d’autres. Là encore, l’Ecriture Sainte est précieuse : elle permet, en particulier en nous appuyant sur l’Ancien Testament, d’illustrer cet aspect de « reconquête spirituelle » (vous noterez d’ailleurs que c’est toujours une reconquête, puisque le terrain est toujours, au départ, plus ou moins occupé par le péché). On peut donc illustrer cette reconquête spirituelle de la cité :

Par la conquête militaire « ordonnée » (et non pas anarchique) de la Terre promise : il s’agit de faire d’une terre d’idolâtrie et d’immoralité (notamment sur le plan de la génération humaine et des rapports familiaux. Cf. le récit emblématique de l’impudicité de Cham/Canaan en Gn 9) une terre où Dieu est connu, adoré et obéi.

Par la mise en place d’une législation qui touche à tous les aspects de la vie sociale, politique, économique, depuis le niveau familial jusqu’au niveau de la nation et de l’Etat. Dieu ne laisse rien au hasard en ce qui concerne son peuple. On peut trouver de bons exemples de cette rectification de la vie sociale elle-même par des lois justes dans les chapitres 18 (règles sur l’union conjugale) et 19 du Lévitique (ce dernier chapitre contient d’ailleurs le précepte (Lv 19, 18) : « tu aimerais ton prochain comme toi-même »).

Par un culte rendu à Dieu par la société elle-même. C’est tout le système cultuel décrit dans les c. 1-7 du Lévitique

D’ailleurs les exemples de personnages bibliques qui incarnent ces trois « pôles » de sanctification d’une société ne manquent pas. On peut donner, pour le premier, Josué : c’est à la fois un vrai chef de guerre et un homme qui vit réellement de la Loi de Dieu (cf. Jos 1). Pour le second, Booz et Ruth (cf. livre de Ruth) : ils incarnent à la perfection la piété jointe au souci d’une justice large et généreuse envers les parents et les pauvres. Pour le troisième, Salomon : il construit le Temple de Jérusalem pour assurer le devoir cultuel que le peuple doit à son Dieu (1 R 8). L’Ancien Testament doit toujours être lu en un lien vital avec le Nouveau. Il a souvent une dimension prophétique : ce que le peuple élu a connu annonce et préfigure ce que le Christ veut pour toutes les nations. Ainsi, ce qui était rectification et sanctification initiale d’un peuple mis à part, dans l’Ancien Testament, devient, dans le Nouveau Testament, un appel à l’évangélisation de tous les peuples (cf. Mt 28, 19 : « de toutes les nations, faites des disciples… »).

En s’appuyant sur cet enseignement biblique, bien fondé dans l’Ecriture, et donc proprement révélé par Dieu, on peut proposer un ensemble de lignes claires pour une évangélisation intégrale de la cité politique. Et nous reprenons ainsi les trois « pôles » distingués plus haut (une dimension de reconquête quasi « guerrière », une dimension législative, une dimension cultuelle) :

L’évangélisation réclame parfois, comme préalable, une véritable guerre de défense ou de reconquête : on le vit en ce moment même, avec la nécessaire lutte contre l’Etat islamiste et le terrorisme qu’il soutient. Il évident que les chrétiens doivent s’y engager, soit en prenant les armes, si c’est leur métier, soit en soutenant les populations chrétiennes touchées par la guerre, de toutes les façons possibles (aumônes, écoles, diffusions d’informations, justes, etc). Je ne reviens pas ici à la nécessité parallèle de l’apostolat (dans le cas qui nous occupe, apostolat auprès des musulmans, mais aussi des chrétiens tièdes, voire des masses athées).

Au niveau des lois et des mœurs, le champ de travail est immense. Inutile d’insister spécialement sur ce point, puisque c’est l’objet spécial de la réflexion d’Academia Cristiana.

Enfin, n’oublions pas la question, spécialement délicate dans le contexte actuel, du culte rendu à Dieu, non seulement à titre de personnes privées, mais bien par la société comme telle. En effet, face à l’apostasie des Etats (apostasie qu’a souvent favorisé l’affirmation d’une liberté religieuse mal comprise), certaines sociétés inférieures doivent, en tant que telles, en tant que corps constitués, professer la foi, honorer Dieu collectivement et maintenir une certaine visibilité du Royaume de Dieu sur terre : c’est bien sûr l’un des devoirs de la famille chrétienne, mais je crois que cette mission de suppléance intéresse idéalement n’importe quel corps intermédiaire (et spécialement les œuvres catholiques à qui l’on ne demande pas de mettre leurs convictions dans leur poche : je pense là aux écoles catholiques, aux multiples associations chrétiennes, etc.). La visibilité de l’Eglise à travers ses œuvres, et le témoignage irremplaçable ainsi donné, participent évidemment de la reconquête spirituelle de notre pays.

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