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Quelle écologie intégrale ?

Alain de Benoist et le pape François, le néo-paganisme et le christianisme. Deux auteurs aux pensées bien différentes, qui partagent néanmoins une notion : celle de l’écologie intégrale. L’usage du même terme par des courants de pensés antagonistes peut amener des ambigüités que nous allons essayer de clarifier.


Nous devons la paternité du concept à Alain de Benoist. Celui-ci souligne à plusieurs reprises ce qu’il pense être une incompatibilité entre le christianisme et l’écologie. « L’écologie est évidemment très proche du paganisme, en raison de son approche globale des problèmes de l’environnement, de l’importance qu’elle donne à la relation entre l’homme et le monde, et aussi bien sûr de sa critique de la dévastation de la Terre sous l’effet de l’obsession productiviste, de l’idéologie du progrès et de l’arraisonnement technicien. »  Il accuse le christianisme d’avoir hérité du judaïsme un dualisme entre l’homme et la nature, qui met l’homme à une place supérieure dans l’ordre du monde.


Pourtant, 15 ans plus tard c'est sous la plume de l'actuel Souverain Pontife que l'on retrouve le terme d’« écologie intégrale ». Il va user abondamment de ce concept dans son encyclique Laudato Si’. Il y précise qu’au problème écologique, « il est fondamental de chercher des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux ». Son raisonnement est dans la continuité de ses prédécesseurs depuis le concile Vatican II. Paul VI prônait par le concept de « développement intégral » un développement de l'homme sous ces trois dimensions - matérielle, intellectuelle et spirituelle -. Benoît XVI et Jean-Paul II parlaient d’« écologie humaine », pour défendre l’Homme au même titre que la nature en tant que partie intégrante de cette dernière. Le pape François dénonce une « démesure anthropocentrique » qui tend à séparer l’homme de la nature et à envisager le bonheur de l’un déconnecté de la pérennité de l’autre. La solution est selon lui : une écologie environnementale, sociale, humaine, économique et culturelle.


Une lecture superficielle laisserait penser que les deux auteurs défendent la même idée, celle d’un retour à une vie plus respectueuse de notre environnement, et qui prend intégralement conscience de notre appartenance à ce dernier. Attention cependant à ne pas tomber dans une interprétation erronée de ce que dénonce le Pape. Si l’on ne peut séparer l’Homme de son environnement, il ne faut pas les confondre pour autant. L’homme constitué d’un corps périssable et d’une âme immortelle participe à la nature mais tend vers une fin supérieure, le ciel. C’est ce but supérieur, cette finalité de l’Homme, qui le place au-dessus. Il convient donc de distinguer et d’ordonner ces deux réalités. Non pour l’asservissement de l’une par l’autre, mais en vue de la fin ultime de toute chose : Dieu.

Voyez que l’on touche ici au fond du problème de la crise sociale, culturelle, religieuse (intégrale) actuelle à laquelle le Pape François propose une solution. La terre et plus généralement la nature ne sont pas une fin en soi. Si cette nature n’est pas une fin c’est donc qu’elle est un moyen. Si cette hiérarchie est désordonnée, elle se retrouve exploitée en vue d’une jouissance sans limite, qui mène à la destruction de l’environnement. La nature humaine, blessée par le péché originel, ne saurait agir autrement dans la durée. Son action ne peut être bien ordonnée que si l’on reconnaît à l’homme sa supériorité surnaturelle tournée vers la gloire de Dieu, et exprimée dans l’harmonie de la création, homme et nature, faite à son image. Il faut donc si l’on veut espérer résoudre la crise, remettre Dieu au centre de nos vies.


Ecrit par Benoist



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