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Nouvelle guerre froide et troisième voie



La guerre en Ukraine vient de rappeler que Vladimir Poutine n’est pas un caudillo de carnaval mais un chef d’Etat visiblement déterminé à faire éprouver au monde la défense de ce qui, d’après lui, constitue ses intérêts. Soucieux de rassurer sa population, il a déclaré que l’inflation des biens alimentaires « mènera à une plus grande indépendance, autonomie et souveraineté » économique (Capital, 10 mars 2022).


Ce conflit, ramenant le tragique au cœur de l’Europe, pourrait sonner le retour au réel. Déjà, on peut évoquer la fin du passe vaccinal annoncé opportunément au début du conflit, la non-obligation du port du masque pour les écoliers à partir de lundi, le retour à l’idée d’une augmentation des budgets militaires, ou encore, en Belgique, la volte-face des écologistes qui se ravisent sur la sortie du nucléaire.


Bien sûr, il y a tout à parier, une information en chassant une autre, qu’une nouvelle souche virale issue de la fornication d’un varan de Komodo avec une belette mal cuite provoquera le Covid-22 à l’automne, ce qui permettra à nos élites de remettre en marche la tyrannie sanitaire et d’oublier les tensions à l’est. En effet, pourquoi le covidisme s’évanouirait-il dans la mesure où les mêmes sont aux commandes ? Dans un pays normal, un haut fonctionnaire comme Martin Hirsch, qui envisageait en janvier de faire payer aux non-injectés leurs soins de santé, ne pourrait plus sortir de chez lui sans recevoir, a minima, une montagne d’injures au visage. Mais, en République macronienne inclusive, ce chef de camp de rééducation maoïste dans l’âme peut continuer à diriger l’Assistance publique en toute tranquillité…


En Ukraine, les élus s’étant opposés aux lois anti-corruption proposées dans le sillage du Maïdan avaient été chahutés puis jetés dans des bennes à ordure. Nos maîtres, s’ils ne varient pas, ne prendront guère la mesure du conflit en cours. Seuls un Poutine ou un Xi-Jinping, président d’une Chine plus dirigiste que communiste, légitimement attaché à ce que Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen qualifient d’« Etat stratège », pourraient orienter leurs pays vers un avenir souverain. Non qu’ils soient parés de qualités humaines remarquables mais parce qu’ils en ont les moyens constitutionnels et régaliens : ce sont des chefs d’Etat autoritaires.

L’une des leçons de la guerre est que le XXe siècle n’est pas mort. Nous vivons toujours peu ou prou sous l’empire du consensus de Yalta, qui partage le monde entre, d’un côté, ploutocrates du « monde libre », celui du wokisme et de la liquidation des classes moyennes remplacées par des hordes de « futurs Montaigne » sub-sahariens, et de l’autre, ceux qui en Russie, motivés par un impérialisme nostalgique de l’URSS, veulent reconquérir un pseudo-espace vital sous drapeau antifasciste. Depuis Napoléon et Hitler, on sait comment finissent ces entreprises.


La France, étant une nation au développement continental limité, n’a aucun intérêt à se jeter dans les bras de l’un ou de l’autre. Elle doit promouvoir une troisième voie nationaliste : sanctuarisation du territoire ukrainien, démantèlement de l’OTAN et de ses bases en Europe, retrait russe du Donbass et de la Crimée (où la Russie pouvait, dès avant l’annexion, utiliser sa base de Sébastopol pour accéder aux mers chaudes) et remplacement de l’UE par une série d’ententes multilatérales selon des aires régionales cohérentes, généralisant le principe du groupe de Visegrad.

Julien Langella



Retrouvez tous les samedis, dans le Quotidien Présent, les réflexions inspirées par l’actualité à Julien Langella, cofondateur de Génération identitaire et membre d’Academia Christiana.


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