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Ne nous retroussons pas les manches !



Pour certains, l’après-covid sera l’occasion de refonder l’économie, les méthodes de gouvernement et même, rêvons un peu, le régime politique. On s’enthousiasme ici et là pour des prises de conscience insignifiantes qui ne font qu’effleurer la surface du mondialisme, dont la fonction « broyage des identités » s’accompagne d’une option « recyclage des bonnes intentions » : imposture du Bio sud-américain vendu en supermarché, agro-carburant faussement propre, gobelets en carton chez Mac Do et autres foutaises éco-responsables. Pendant la pandémie, nous apprend Les Echos, « le patron d’Amazon, première fortune mondiale, a enregistré une hausse de 20 % de sa fortune », tandis qu’Apple a réalisé sa plus grande extension de services à des nouveaux marchés depuis 10 ans en pénétrant le Maroc, le Cameroun et 50 autres pays.


Certes il y a des entreprises, comme Carrefour, dont le dividende a baissé. D’autres envisagent même de relocaliser des emplois, à cause de l’incapacité de leurs employés indiens ou philippins à se rendre dans les centres d’appel mis en quarantaine. Mais c’est pour l’intelligence artificielle et le numérique de façon générale que les multinationales font les yeux de Chimène. « Le Covid-19 a accompli en 8 semaines ce que les apôtres de l’automatisation n’avaient pas réussi en cinq ans », déclare à l’AFP Ilan Oshri de l’université d’Auckland. Là encore, les cyber-parasites de la Silicon Valley nous expliqueront qu’une machine est moins polluante qu’un employé qui prend sa voiture tous les jours.


Le capitalisme dans ce qu’il a de plus détestable accélérera sa mue faussement écologique grâce à des procédés qui, paradoxalement, relèvent plus de l’artifice que de la nature et d’une série d’algorithmes plutôt que de savoir-faire humains. Le monde d’après, si une crise monétaire et un effondrement massif ne viennent pas nous en sauver, sera pire qu’avant. Les apprentis-sorciers promettent des changements révolutionnaires jusque dans les écoles, avec un coup d’accélérateur vers « l’égalité numérique », euphémisme pour « lobotomie par les écrans dès 8 ans ». Alors puisque le monde roule vers la tyrannie des robots, que faire ? D’abord, osons dire ce qu’il ne faut pas faire : se retrousser les manches. Les discours stalino-hitléro-thatchériens sur les lendemains qui chantent à la force du poignet, le travail qui rend libre et la libération des énergies individuelles doivent être jetés à la poubelle. Consommer pour sauver les derniers authentiques paysans, les petits libraires de quartier, les boulangers et les gîtes de charme, oui !


Sauver la croissance et son monde, avec sa danse macabre de publicitaires inutiles, d’usuriers puants, de voyagistes et autres asticots croissant sur le cadavre des peuples qui ne se respectent pas, non ! Il y aura moins de bobos en doudoune fluo sur les cimes de l’Himalaya ? Tant mieux ! Moins d’Allemands rougeauds sur les places de Provence à midi ? Bien ! Ne laissons pas l’Argent-roi détourner la vertu de l’effort, en la rebaptisant cyniquement « valeur-travail », de son but initial : nourrir et défendre nos communautés, plutôt qu’engraisser le CAC 40.


Julien Langella


Tribune publiée dans le Quotidien Présent



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