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Les Turcs et nous : le passé ne meurt jamais



Les Turcs ouvrent à nouveau leurs frontières aux immigrés clandestins pour les jeter sur le rivage de la Grèce. Une fois de plus, la Turquie est un revolver plaqué sur la tempe des Européens. Faisons un peu d’uchronie et réfléchissons à ces nœuds de l’histoire européenne où la marche des événements aurait pu être déviée.


Et si François 1er ne s’était pas compromis dans une alliance honteuse avec Soliman ? Et s’il n’avait pas envoyé ses soldats razzier les villes d’Italie de concert avec les pillards ottomans, offrant aux populations terrifiées l’étrange spectacle de ces navires arborant la fleur de lys et le croissant, voguant côte à côte en direction des ports chrétiens de Méditerranée ? Loin du seul coup de bluff diplomatique pour effrayer Charles Quint, l’accord de François 1er avec l’empire ottoman mit toutes les ressources du royaume de France (renseignements, armes, hommes et ports) au service d’un empire qui était le premier sponsor des pirates barbaresques d’Afrique du nord, bourreaux de la Provence maritime.


Cette sombre affaire a été mise en lumière par les historiens Jean Dumont, auteur de Lépante : l’histoire étouffée, et Jacques Heers, qui relate dans Les Barbaresques la décomposition morale de la France des châteaux de la Loire, galerie des illusions où des évêques dûment appointés par le roi, mais destitués par le pape, cherchaient des points de jonction entre l’islam et le catholicisme, tandis qu’on préparait l’opinion à la turcophilie par une foule de livres pseudo-savants.



A l’hiver 1544-1545, Toulon est occupée par les Ottomans défaits à Nice l’année précédente : pour se refaire, ils raflent tout ce qui passe et transforment la cathédrale en mosquée. François 1er exemptera d’impôt les Toulonnais : l’argent contre l’honneur. Fascination pour l’Autre, compromissions spirituelles, machiavélisme sans honneur : beaucoup d’éléments de cette époque se retrouvent sous nos yeux ahuris.


Notre époque a l’honneur de rajouter l’ethnomasochisme, car les Français de la Renaissance, malgré tout, s’aimaient encore. Mais le « petit César » choyé par une mère juive, qui, dit-on, rêvait de la couronne impériale pour relancer la croisade, aurait pu faire le choix de l’amitié avec le roi-chevalier Charles V, l’imagination pleine d’héroïsme médiéval, et faire ensemble le chemin de Jérusalem. Au milieu, il y avait la Bourgogne et d’autres beaux restes de la Lotharingie carolingienne, qui s’étendait de la mer du Nord à la mare nostrum. Résultat des courses : nous avons perdu l’Europe orientale et une partie de la Méditerranée. Comparaison n’est pas raison mais les permanences sautent aux yeux.



De fait, la politique turque démontre que les Européens, s’ils veulent prétendre à la souveraineté, ne peuvent tolérer le voisinage d’Etats musulmans hostiles. « L’Afrique du nord était la frontière sud de l’Europe » rappelait Dominique Venner. Sans ambition impériale, l’Europe ne sera plus jamais européenne. Sans conscience européenne commune, les Européens ne se défendront jamais efficacement, refusant ici la marée noire acceptée là-bas. Nous lutterons ensemble ou mourrons seuls.



Julien Langella


Article paru dans Présent, samedi 7 mars 2020.



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