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Les majorités ne font pas l’histoire



La pandémie nous donne une dure leçon de politique. En effet, la fermeture des commerces et donc l’absence de certaines denrées pousse certains  Français à faire leur pain eux-mêmes, leur lessive, etc. Mais il ne faudrait pas croire que notre pays soit sauvé parce qu’une partie de la population a détourné son regard pendant trois minutes du dernier film de zombies LGBT sur Netflix, et qu’ainsi la fameuse et tant espérée « prise de conscience collective » changerait le destin d’une nation. Les majorités ne font pas l’histoire, aucun peuple ne s’est jamais spontanément soulevé et la plupart des gens pense comme ils vivent, voyant le monde à la lumière de leur expérience professionnelle, familiale ou de quartier.


Ainsi on n’a pas mesuré à quel point le proverbe « Chacun voit midi à sa porte » est une grande leçon d’humanité.  Les prisonniers de la caverne n’ont pas trouvé le chemin tout seul : il a fallu une catastrophe pour contraindre les foules, ces grandes adolescentes, à engager une réflexion, qu’il ne faut pas surestimer par ailleurs… Le choc d’une épidémie faisant plonger la croissance mondiale est sans doute plus utile que le prosélytisme enflammé des partisans de l’indépendance financière de la France, du souverainisme économique et de la relocalisation. Non pas que la politique soit inutile, puisqu’il faut toujours agir comme si la prière ne servait à rien et prier comme si l’action ne suffisait pas. Mais la démocratie ayant été, depuis un siècle et demi,  l’instrument de la servitude volontaire des peuples au service de l’argent, il y a peu à attendre de populations dévitalisées, qui ont oublié que le courage d’une parole ferme augmentée d’une démonstration physique a plus de chances de ramener le calme dans une copropriété qu’un conseil de syndic. Pour tirer toutes les conclusions nécessaires du coronavirus, il faudrait réviser les bases d’un système fondé sur la jouissance, au prix de nos terroirs défigurés, de nos forêts décharnées et de notre santé sacrifiée. Comme l’écrit Jean-Pierre Dupuy, « si un évènement impressionnant transformait rapidement les représentations du monde, et qu’une société entière renonçait à certaines de ses croyances, elle pourrait aussi changer rapidement ses comportements dans les domaines qui ne dépendent que d’un accord entre humains (…) mais il est plus difficile d’imaginer que cette même société puisse transformer ses habitudes dans ses relations vitales avec les ressources naturelles » (Où va le monde ? 2012-2022, une décennie au devant des catastrophes).


Le coronavirus, si on le regarde en face, c’est la fin du mythe révolutionnaire du peuple de citoyens-soldats se levant comme un seul homme pour bâtir son avenir, qui a enfanté l’illusion que les « lanceurs d’alertes » et la liberté d’Internet suffiraient à changer la donne. Le coronavirus nous enseigne qu’avec une contrainte bien pesée et le courage de l’imposer, un peuple peut ouvrir les yeux et retrouver le bon sens. Mais pour cela, il faut des chefs et des communautés, des écoles de courage et d’amitié où ils peuvent émerger, car la révolution est d’abord l’œuvre d’une minorité d’élite.



Julien Langella

Tribune parue dans le Quotidien Présent.



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