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Le siècle de l’autonomie



« C’est pipeau, a déclaré Michel-Edouard Leclerc à propos de l’inflation en cours. L’huile de tournesol qui manque ici aujourd’hui ou qu’on envoie les gens chercher, ce sont des graines qui ont été récoltées l’année dernière. Donc c’est de la spéculation […] et il n’y a pas de raison de laisser les prix partir comme ça à la hausse » (CNews, 4 mai dernier).


L’augmentation des prix ne serait donc pas liée à la guerre en Ukraine selon l’industriel. Une inflation d’autant plus inquiétante qu’elle ne touche pas seulement quelques produits : « C’est tout le fond de rayon qui bouge, de deux centimes à vingt centimes, quelques fois à deux euros ». Certes, il y a toujours eu de la spéculation, dirait Jacques Attali, clown mime spécialiste de la réécriture politique du passé afin de justifier les scandales du présent. Il y a pourtant bien une différence notable avec les temps passés, ceux d’avant la mondialisation et, dans une certaine mesure, avant la dépendance aux banques et à l’industrie. Aujourd’hui, la production agricole française assure moins de la moitié de la consommation de produits agricoles bruts (La Tribune, 22 avril 2022). « Plus de la moitié de notre consommation de fruits et légumes est importée », déplore Daniel Sauvaitre, secrétaire général de l’interprofession des fruits et légumes frais (Europe 1, 1er mars 2019).


Depuis cinq ans, le constat est unanime, qu’il vienne des professionnels ou des observateurs institutionnels. On aura beau réclamer plus de contrôles sur les marchés ou prôner cette bonne vieille « moralisation du capitalisme » (essayez de moraliser le proxénétisme), l’insécurité économique, alimentaire, et l’instabilité du pouvoir d’achat demeureront tant que l’autonomie restera un slogan de campagne ou une promesse réservée aux temps de confinement et de rationnement. La mère de toutes les batailles, c’est l’indépendance de la France. D’autre part, alerte National Geographic, de nombreux fruits, légumes et céréales cultivés aujourd’hui contiennent moins de protéines, de calcium, de phosphore, de fer, de vitamines B2 et C que ceux qui étaient cultivés il y a plusieurs décennies. Ce qui nuit évidemment à notre santé, puisqu’une nourriture saine donne à l’homme les composants nécessaires pour lutter contre les maladies chroniques. Ainsi, l’alimentation, forme de médecine préventive, ne joue plus son rôle. On assiste donc à une descente en flèche de notre autonomie immunitaire. Dépendance aux fruits et légumes étrangers pour notre alimentation, dépendance au pétrole arabe pour nos déplacements, dépendance à l’uranium africain pour nos centrales, dépendance aux règles budgétaires de l’UE, dépendance culturelle à Hollywood et à Netflix, dépendance morale à l’industrie du loisir pour combler nos vides existentiels, dépendance à la pornographie pour pallier nos misères affectives, dépendance aux réseaux dits « sociaux » pour nous approvisionner en dopamine (l’hormone du bonheur liée à la gratification)… Notre temps est celui de la dépendance, le XXIe siècle sera celui de l’autonomie, autrement dit : de la souveraineté. De la reconquête de toutes ces formes d’autonomie dépend la survie de notre identité. L’opposition stratégique entre une ligne national-populiste incarnée par Marine Le Pen et le primat identitaire défendu par Eric Zemmour est une impasse.


Il n’y aura pas de reconquête de notre identité sans révolution antilibérale, antimondialiste.

Julien Langella



Retrouvez tous les samedis, dans le Quotidien Présent, les réflexions inspirées par l’actualité à Julien Langella, cofondateur de Génération identitaire et membre d’Academia Christiana.


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