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Le retour du paganisme

« Le paganisme est une tentative pour atteindre les divines réalités sans le secours de la raison, et par la seule vertu de l'imagination » disait le grand apologiste et écrivain Gilbert K. Chesterton.


Comme l’imagination de l’homme est sans limite, il n’est pas étonnant que tout, et surtout n’importe quoi, ait déjà été adoré. Cet effort, qui avait des aspects louables avant la Révélation, a perdu tout son sens avec la venue du Christ. Tout ce qu’il y avait de bon ou de sain dans le paganisme a été intégré dans le catholicisme, car « tout ce qu’ils ont enseigné de bon nous appartient, à nous chrétiens ».


Depuis cinq siècles, le paganisme a été réintroduit en Occident. D’abord dans la culture, par ce mouvement artistique, intellectuel et protéiforme que l’on nomme Renaissance, au travers de la survalorisation des auteurs païens et de l’exaltation de la nature. Elle fut combattue sur de nombreux points par l’Église, comme en témoigne la condamnation de l’ œuvre d’Erasme, le « prince des humanistes », en 1543. Ce sont les Lumières qui furent la réintroduction dans l’ordre philosophique du paganisme, avec le culte de la raison. La Révolution fut l’aboutissement de ce mouvement, son surgissement dans l’ordre politique. Depuis, nous avons vu le monde occidental se prosterner devant le progrès, la science, la patrie, la race, l’histoire, le marché, l’égalité et aujourd’hui les « minorités opprimées ». Tentatives vaines, qui échouent toujours dans l’horreur ou le ridicule. On songe par exemple aux deux guerres mondiales ou au grand retour de l’astrologie.


Si ce néopaganisme n’a pas transformé immédiatement la société, c’est qu’il a vécu sur une rente de mille cinq cents ans de christianisme. On se souvient de Jules Ferry déclarant que l’école laïque enseignerait « la bonne morale de nos pères », en oubliant que lesdits pères étaient catholiques. La rente étant épuisée, on voit l’immoralité élevée au rang de religion d’État, avec ses grands prêtres, les ministres, ses groupes de dévots, les associations, et ses missionnaires, les agités des réseaux sociaux. On notera même les guerres de religions opposant les fanatiques du marché à ceux de l’égalité, avec des guerres intestines lilliputiennes fascinantes à observer entre féministes et activistes transgenres. Tout ce bazar répond à un besoin puissant, c’est le besoin d’adorer, de rendre un culte à quelque chose de sacré. D’où la multiplication des sectes, des causes à défendre, des idées à promouvoir.


Refusant par principe le Christ, l’homme moderne s’agite en tout sens, cherchant désespérément à qui ou à quoi se vouer pour combler son vide spirituel. Or, tout culte nécessite un sacrifice. C’est un invariant anthropologique. Dans le catholicisme, c’est le sacrifice parfait, celui du Christ sur la Croix qui rachète le monde et qui est actualisé sans cesse par la Sainte Messe. Dans une société païenne, c’est le sacrifice fait de main d’homme, dont les formes varient selon le lieu et l’époque. Avec une constante : c’est la destruction de ce qui est offert. Peu importe ce qui est adoré, il faut lui sacrifier. On adore la santé, on lui sacrifie des libertés concrètes. On adore l’homme libre de tous liens, de toutes attaches humaines ; on lui sacrifie la culture, les nations, les civilisations. Le néo-paganisme s’est fabriqué des idoles très différentes les unes des autres, mais tous ces Baal ont toujours exigé des salaires en vies humaines. Le catholicisme unit, à un degré suprême, la Foi et la raison. Comme le Christ s’est fait homme, il a comblé les besoins des hommes, ce désir de rituels, d’images, de rassemblements, en un mot de sacré vécu collectivement. Et il les a comblé en les perfectionnant, en les ordonnant à la Vérité, c’est-à-dire Lui-même. Et cela répond ce second désir humain, celui de comprendre, d’accéder à la compréhension de l’Univers. Le catholicisme intègre toute la personne humaine, il ne la mutile pas en la réduisant à son corps, à son esprit ou à un de ses groupes d’appartenance. Chose que le paganisme fait inexorablement.


Mayeul Seydoux

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