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Le Réel sans voiles

Voici un texte qui nous a été envoyé par Aram, patriote arménien qui a vécu longtemps et France et qui nous a envoyé ces quelques mots. Ils aideront nos lecteurs à mieux cerner l'âme arménienne. De plus, il y a des éléments dans cet écrit qui dépassent largement le cadre arménien et pourrait nourrir la réflexion de patriotes français.




Au moment où la nation arménienne entre dans une période trouble et que certains piliers de l’état arménien se retrouvent fragilisés, tel que le lien « nation-armée », que de nombreux tristes sires ont déshonoré par des accusations falsifiées comme la désertion ou le manque de mobilisation. Il est venu le temps de se rappeler des valeurs sûres et des disciplines sur lesquelles les arméniens peuvent s’inspirer. Avec le sentiment d’abandon et de trahison qui va parfois dans les extrêmes, c’est-à-dire le pur et simple reniement de l’identité et de la fierté arménienne et son dévouement au profit de ceux qui l’ont salie, ceux qui travailleront et qui refuseront le règne de l’égoïsme seront les meilleurs exemples car il n’y a nul autre endroit où l’exemple personnel est plus contagieux que sur le champ de bataille : la guerre n’est pas finie et elle est permanente, voici une piqûre de rappel qui s’adresse principalement à nos compatriotes qui furent amollis par des décennies de prospérité grandissante. Le dire haut et fort n’est que service rendu à l’arménité, et présenter une situation, aussi sombre qu’elle est, doit permettre de vaincre la peur qui s’installe dans nos rangs. Car oui, chaque arménien doit être un soldat, où qu’il soit, et être responsable est de mise. Comme nous l’inspire un des plus grands stratèges et philosophe arménien de l’ère moderne, Garéguine Njdeh : « Puisque l’homme est encore la victime impuissante de la peur, restent fausses la religion, le savoir et l’éducation […] La peur voit le danger là où il n’y en a pas et il n’y a pas de plus mauvais et maudit conseiller que la peur, qui tue parfois physiquement ses sujets mais les massacre moralement à coup sûr […] Cette peur tue notre compassion, fait oublier nos responsabilités en renforçant l’animal en nous. » En pointant le doigt sur nos erreurs, nous devons encore une fois nous rappeler que nous ne sommes pas des morts-vivants et que nous sommes dans l’obligation de mobiliser ce qu’il y a de plus immortel et immuable dans la noblesse de l’âme arménienne, là où le temps et la mort n’ont pas leur mot à dire. Ainsi, d’après le commandant du Zanguézour, « L’homme, son idée créatrice, sa volonté et son âme sont les éléments qui le font pencher vers la victoire. Le matériel, les armes, les fortifications et les positions fortes ont autant de valeur que l’idée et la volonté que désirent mettre les hommes pour leur utilisation. » A ce jour, il est encore plus clair que l’erreur dans le « plus jamais ça » de l’arménien stigmatisé, c’est qu’il soit stigmatisé. Où peut-on trouver une rage de vaincre si notre posture et son contenu, au lieu de couper toute source d’espoir chez l’ennemi, renforce son euphorie. Il est clair que l’ennemi se délecte de la pathologie du stigmatisé et qu’après sa victoire militaire, il prépare maintenant d’autres victoires encore plus décisives. Les erreurs et les défauts dans nos différents domaines d’action sont multiples mais disons-nous qu’il est possible d’être un bon diplomate, mais un mauvais arménien, et vice-versa. Peut-être devons-nous comprendre l’homme avant même l’arménien, car un bon arménien ne pourrait se concevoir sans être un homme bon et accompli. Trouver la paix, se vaincre soi-même et redéfinir la notion de liberté sont des défis lancés à la nouvelle génération secouée dans une ère où l’excellence et la beauté se noient dans un océan de déracinement. Renforcer l’écho de la médiocrité, ce serait couper la nation de toute faculté de discernement du réel. Être coupés du réel nous a coûté très cher, l’espoir et la foi qui faisaient corps se sont corrompus pour devenir un jeu au jour le jour. Une semaine avant les combats, j’étais à Hadrout et j’étais fier de pouvoir rencontrer les habitants de cette région qui ne vît jamais ses autochtones quitter leurs foyers, sous le patronage de l’ancien monastère de Kataro, au sommet du symbolique mont Dizapayt et terre des méliks de Dizak. Entre un entretien avec la responsable du domaine viticole Kataro et avec le député local, j’eus le temps de me promener un petit peu près du platane doublement millénaire de Tnjri gardé par un garçon de 10 ans. Comprenant tout de suite qu’il fallait lui parler comme à un adulte, par sa retenue et son regard profond, ce dernier me conduisit près d’une fontaine où selon les souvenirs des locaux, le cheval du Général Andranik, Aslan, se serait abreuvé. Il me demandât de boire cette eau aux bonnes vertus. Une fois abreuvé, le garçon vida ses poches et posa plusieurs balles de kalashnikovs au-dessus de la fontaine, me déclarant qu’il en ramassait tous les jours dans les forêts des environs, comme vestiges de la guerre de libération de l’Artsakh des années 90. Je sentis alors quelque chose sous mon pied, une balle de kalashnikov, que la terre n’avait pas eu le temps d’absorber. Je me dis alors qu’elle n'était pas prête d’absorber les balles à venir. Aujourd’hui, je me dis que ceci était peut-être un avertissement. Pour conclure, tout simplement, Njdeh, se basant sur l’histoire arménienne, nous prévient : « Il n’y a de puissant que la vérité et il n’y a pas de force sans la vérité, pas de salut sans la force ».

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