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Le droit de propriété au potager





Avec le printemps, quiconque dispose d’un petit espace de culture a la joie de participer à l’œuvre du Tout-Puissant, en semant tomates, petits pois et autres fraises des bois. Le travail du sol, sur un terrain dont il n’a que l’usage, a cette vertu puissante de faire éprouver au travailleur le sentiment de la propriété.


Il révèle à nos esprits alourdis par deux siècles de droit-de-l’hommisme que la propriété n’est pas qu’une jouissance, octroyée par un législateur omniscient à ses oisillons qui jasent : « j’ai le droit ! ». En effet, la propriété est plus qu’un titre juridique venant consacrer un droit présent en l’homme de toute éternité. Car la propriété peut se conquérir, se mériter.


Dès lors, on comprend mieux l’immense colère des ouvriers alsacien devant la fermeture de leur usine provoquée par la décision d’un gestionnaire de fond de pension sud-coréen. Les employés qui font vivre l’entreprise, lui assure une existence et des bénéfices, ne sont-ils pas les « actionnaires » en fait, sinon en droit, en puissance sinon par contrat, de cette usine condamnée à fermer par les financiers qui en ont acheté les parts ?


De la même façon, lorsqu’après la Révolution française, des bourgeois charognard ont acquis les biens de l’Eglise volés par les sans-culottes, était-ce une propriété légitime ? Et ces Chinois qui, de nos jours, achètent les terrains viticoles que les exploitants français, assassinés de charges, ne peuvent conserver ? La propriété est souvent réduite à la notion d’achat, comme si elle n’était le fruit que d’une transaction. Mais le mérite personnel et collectif ne crée-t-il pas aussi un droit de propriété ou, a minima, la possibilité d’y participer ? Le colon français qui a acquis une terre en Algérie et l’a fait fructifier, n’a-t-il pas gagné un droit de propriété sur les Bédouins qui traversaient ces terres de village en village comme autant de zones de pillage ?


Et le berger corse qui fait pâturer ses bêtes dans le maquis, a-t-il moins de droit que celui qui veut s’y tailler une résidence secondaire ? « Avant le paysan, écrit Lionel Goulx à propos du Canada français, il y aura le défricheur (…) Les fils de paysan le savent : sa terre, il l’aimera plus qu’un propriétaire ; il l’aimera avec la fierté, l’orgueil d’un conquérant. » (Notre aventure, 1958). Proudhon, pour qui « La propriété, c’est le vol ! », a été mal compris : il ne rejetait pas la propriété de son logement ou d’un objet quelconque, mais l’accaparement du bénéfice par le patron d’industrie sur le dos d’employés réduits à un statut plus médiocre que le serf médiéval, car, lui, au moins, jouissait de la protection paternelle du seigneur. Proudhon condamnait la généralisation du salariat.


Comme le catholique Chesterton, il pensait que « Le problème dans une société capitaliste, c’est qu’il n’y a pas assez de capitalistes », c’est-à-dire de propriétaires, d’hommes indépendants. Et saint Thomas More (†1535) défendait dans L’Utopie un idéal de société fondé sur une fédération de petits propriétaires. Aujourd’hui 1er mai, rappelons-nous l’impérieuse nécessité, contre la voracité de l’Etat-vampire et des puissances d’argent, de défendre la petite propriété enracinée.


Julien Langella



Retrouvez tous les samedis, dans le Quotidien Présent, les réflexions inspirées par l’actualité à Julien Langella, cofondateur de Génération identitaire et membre d’Academia Christiana.


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