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La croisade de Noël


La joie inonde le visage des enfants rassemblés dans le salon, aux pieds du sapin, nageant dans une mer de papier cadeau froissé et déchiré. Les sirènes des camions hurlent, le cliquetis du joystick tapisse de sa mélodie épileptique les discussions des adultes et les premiers cris de jalousie puérile partent à l’assaut de la réunion de famille. « Comme ils sont beaux ! » commente le père attendri, et toute l’essence de Noël semble contenue ici, dans l’éclat pétillant du regard des enfants, bientôt repus de bruitages électroniques entêtants et de lumières artificielles aux couleurs criardes, tandis que les parents tentent héroïquement de nicher un dernier chocolat, à 5% de cacao et 95% de perturbateur endocrinien, au fin fond d’un estomac saturé de foie gras bulgare.


On reconnaît le totalitarisme à l’enrôlement de la jeunesse. Dans la société de consommation, nulle Jeunesses hitlérienne pour faire marcher les têtes blondes (et métissées) au pas de l’oie, mais comme dans les bons romans d’anticipation dystopique, ce sont les enfants qui persuadent les adultes des bienfaits de la pensée unique. Subverties de l’intérieur par ces petits collabos insouciants, dont chaque effusion de plaisir représente l’augmentation du chiffre d’affaires des multinationales et du PIB - critère matérialiste universel du bonheur -, les familles ne sont plus ces sanctuaires d’amour gratuit et d’élévation morale mais les relais indispensables du capitalisme consumériste (pléonasme), agents volontaires de leur propre anéantissement. Au grand remplacement par l’immigration-invasion, il faut ajouter le grand remplacement culturel : la remise solennelle des cadeaux, objets standardisés produits à la chaîne pour toute la planète de manière à amalgamer Provençaux, Californiens et Quechuas dans la même soupe acide, a remplacé le conte du grand-père (euthanasié ou remisé dans un mouroir), le poème du petit garçon (rivé à l’écran de sa tablette rutilante) ou de la jeune fille (occupée à négocier par texto sa huitième rupture avec Enzo).


« Au grand remplacement par l’immigration-invasion, il faut ajouter le grand remplacement culturel »


La fréquentation quotidienne d’objets mécaniques anonymes, fruits d’aucun savoir faire intergénérationnel, avait déjà été dénoncé par Simone Weil comme un déracinement psychique terrible imposé aux ouvriers. Ce grand effacement identitaire par l’invasion des objets sans visage, clonés à l’infini par l’industrie, a désormais conquis le monde entier. Ou presque : quand le dernier petit fermier du nord du Brésil aura été chassé par les pelleteuses de Bolsonaro et remplacé par un journalier dans un champ de betteraves OGM destiné à produire le « biocarburant » prisé par les bobos des capitales LGBT du monde entier, alors le diable aura fait son œuvre, comme il y a 2000 ans au Calvaire. Mais comme il y a 2000 ans au Calvaire, le monde sera sauvé par la pureté d’un amour sans tâches, celui des parents conscients que l’avenir appartient aux enfants édifiés par la proximité permanente du Vrai, du Beau et du Bien, sans concession à ce monde agonisant, Titanic de médiocrité fracassé par un iceberg de vérités oubliées. Cette dernière croisade se joue ici et maintenant jusqu’à la fin des temps.


Article de Julien Langella publié dans Présent le samedi 28 décembre 2019.




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