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La chasse aux œufs, une tradition pas si anodine


Les ovoïdes en chocolat fleurissent timidement dans le jardin, les enfants scrutent les touffes d’herbes et fouillent les bosquets à la recherche du précieux sésame… « J’ai trouvé ! » s’écrie un bambin, les yeux gonflés d’étoiles, qui tient au creux de sa main l’objet de sa fascination, comme un explorateur découvrant une idole au cœur de la jungle.


Mais par-delà l’image d’Epinal, selon que vous soyez socialiste, nationaliste ou libéral, la chasse aux œufs revêt une toute autre allure. Le libéral, c’est entendu, croit en l’égalité des chances par le libre-marché. Pour le fils spirituel d’Adam Smith, auteur en 1776 de La Richesse des nations et apologue de la « vertu d’égoïsme », la concurrence économique libre et illimitée est gage de paix sociale et de prospérité. Egalitariste cohérent, le libéral laisse ses enfants, tous âges et talents confondus, partir à l’assaut du jardin rempli d’œufs en chocolat. C’est « l’ordre naturel » cher aux libéraux : dans l’absence de règles la plus joyeuse, on s’écharpe pour accumuler le plus de friandises, dans l’espoir naïf de faire pleurer la corne d’abondance, à l’instar des idolâtres de la technologie qui s’entêtent à ignorer le tarissement des énergies fossiles.


A la fin, chacun garde son pactole ou, parce que le strict libéralisme est inapplicable ici-bas, le père réunit le labeur de chacun au sein d’un panier où plongeront des mains gourmandes. Ce mélange d’individualisme dans l’action et de socialisme dans la redistribution est une riche leçon, il nous montre que l’interventionnisme étatique est la conséquence logique de la guerre de tous contre tous. L’Etat-Providence, chargé de soulager les souffrances engendrées par l’anarchie libérale, est le fils légitime du laisser-faire laisser-passer. A ce titre, la France est un cas d’école, avec son taux record de grandes surfaces et son intégration poussée dans la mondialisation, aux côtés d’une floppée de règlementations absconses et d’impôts confiscatoires.


Le père socialiste, lui, place les œufs aux endroits les plus accessibles et s’assure que chacun a récolté sa part, identique à celle du voisin. Ou s’il est bon marxiste, voue aux gémonies les cloches de Pâques et autres crèches de Noël, opium du peuple infantile.


Quant au nationaliste, il croit aux inégalités naturelles, à la hiérarchie sociale et à l’arbitrage souverain du politique. Son regard sur le monde est plus affûté. Dans l’ombre de saint Louis, le père de famille nationaliste se sait d’abord justicier. Or, qu’est-ce que la justice sinon l’art de rendre à chacun ce qui lui est dû, pour reprendre les mots de l’antique Ulpien, selon son mérite et ses besoins ? Ce brave patriarche stimule l’attention des uns, jugule la gloutonnerie des seconds, préserve la joie des plus lents – ces contemplatifs qui formeront les esprits pénétrants du futur – à l’égard des plus vifs, qui, si on les laissait faire, nous monteraient un hangar Amazon entre le cabanon et le poulailler…


Au milieu du chaos post-moderne, alors que nous avons tout à rebâtir, tenons-le-nous pour dit : plus rien n’est anodin, même pas une chasse aux œufs de Pâques.


Julien Langella



Retrouvez tous les samedis, dans le Quotidien Présent, les réflexions inspirées par l’actualité à Julien Langella, cofondateur de Génération identitaire et membre d’Academia Christiana.


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