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Je suis la voie



« Je suis la voie » « Ego via ou ego vox » ?! Jean le baptiste disait quant à lui qu’il était la voix « vox », qui crie dans le désert « clamant in deserto ». Le Christ nous dit, le jeudi saint, qu’il est la voie au sens de la route ou du chemin. Qu’est-ce qu’une route ? D’abord un moyen pour relier deux lieux. Si nous n’avions pas ce chemin où marcher, nous devrions créer nous même la voie en défrichant la forêt, en coupant les ronces, en cherchant péniblement à nous orienter. La voie suppose donc un chemin praticable elle s’oppose aux murs impossibles à franchir : les océans, les montagnes, les forets impénétrables, les murailles infranchissables. La voie suppose aussi une direction, une route ne va jamais nulle part, elle suppose un but « tous les chemins mènent à Rome » disait-on autrefois. La voie s’oppose donc aux grands espaces où l’homme se perd : désert aride, jungle immense, océan mouvementé. Trouver la voie c’est sortir de l’errance. Un homme qui erre est sans but, condamné à revenir sur ses pas, à traîner, à perdre son temps et à se perdre lui même dans un univers sans repère. La voie c’est aussi la liaison, la relation. Une voie relie deux villes, deux lieux, elle permet une communication entre eux. Sans voie les mondes sont clos et ne peuvent ni échanger ni communiquer. Mais une voie n’a pas de sens si elle n’est pas empruntée par les hommes. On comprend ce qu’est une voie lorsqu’on la parcourt, lorsqu’on prend la route, qu’on « voy-age ». Quand on est en chemin on est « en puissance » sans être encore « en acte », tant qu’on n’est pas arrivé il reste encore quelque chose à accomplir. La route n’est pas non plus de tout repos et il ne faudrait pas s’endormir en chemin. Il existe d’ailleurs beaucoup d’embuches, d’accidents de la route. On peut se perdre en route en tournant au mauvais endroit. La voie suppose donc de notre part une attention pour la suivre : il faut rester concentré. Elle nécessite aussi un effort constant pour continuer à marcher, pour vaincre la fatigue, persévérer dans l’effort. Il existe plusieurs raisons de ne pas continuer sa route, soit parce que l’on rencontre en chemin un lieu qui nous retient : une oasis, un lit confortable, l’appât d’un gain; soit parce que l’on se lasse, qu’on s’épuise et qu’on abandonne.

Le Christ nous dit donc qu’il est La Voie. La voie au singulier, la seule, l’unique, ou puisque le Christ s’exprime en paraboles, il est la seule voie au sens existentiel du terme : la via christiana, voix christique. En quoi consiste ce chemin. On ne peut le comprendre sans relier cette affirmation « je suis la voie » aux deux suivantes : la vérité et la vie. Le Christ est d’abord le chemin qui conduit à la plénitude de la vie : la résurrection.



« Je ne crois plus à ce qui naît, mais à ce qui ressuscite. Expecto resurrectionem… et vitam venturi saeculi. Car naître c’est sortir de l’incréé pour entrer dans le temps et dans la mort, mais ressusciter, c’est sortir du temps et de la mort pour revenir vers l’incréé. Et toute vie qui n’est pas attente de la résurrection ne peut être qu’angoisse devant la mort. Nous sommes déjà morts puisque nous sommes nés; la naissance est à la mort ce qu’est la promesse des fiançailles à la nuit de noces : c’est la mort qui consomme (dans les deux sens du mot : parfaire et détruire) le mariage entre l’âme et le temps. »

Gustave Thibon, L'ignorance étoilée

La voie christique c’est ce chemin qui nous conduit de ce monde terrestre, ce cosmos où la vie est éphémère et cyclique. Monde où les feuilles poussent pour faner, où il faut que le grain meurt pour donner du fruit. Le Christ est le chemin entre ce monde créé et l’incréé éternel où la vie est plénitude.

Notre élan vital aspire à l’unité perdue. La vie biologique est sans cesse menacée par le dérèglement anarchique de ses multiples parties qui cherchent leur indépendance. Notre vie psychologique est éclatée en une diversité de centres d’attention, de même, nos actes manquent de cohérence. Nous recherchons souvent l’unité dans l’extension infinie du chemin, alors qu’elle se trouve en réalité dans le but à atteindre. La folie covidiste repose sur l’exploitation de cette aspiration à vouloir vivre indéfiniment sans but : la peur de la mort, l’attachement irrationnel à une vie nue et vidée de toute signification qui se traduisent par une idolâtrie de la vie. Mais tout ça n’est justement pas une vie ! La vraie vie est tout autre parce qu’elle suppose la mort comme passage et l’atteinte ultime d’un port. C’est justement le voie que propose le Christ qui donne tout son sens à la vie. Le Christ nous libère de la mort et de ses angoisses car il est la voie vers la résurrection.

Cette voie c’est celle du don. Le don implique toujours un déchirement et une séparation, ultimement la mort. On donne en abandonnant une partie de ses biens et une part de soi-même. Le véritable don est gratuit et n’implique aucun retour si ce n’est la joie d’avoir accompli quelque chose de beau. Le Christ n’a rien « à gagner » en nous aimant si ce n’est cette félicité d’accomplir un acte magnifique et de nous aimer. Donner pour avoir « en échange » le salut ou « mériter » son paradis n’a en réalité pas grand sens, car le salut n’est pas plus l’objet d’un échange qu’il n’est le fruit de notre mérite. Si le Christ a chassé les marchands du temple ça n’est pour que ses disciples adoptent une mentalité de « marchands de la morale », qui à la manière des pharisiens suivent une loi ou un code de conduite pour avoir en échange la satisfaction d’appartenir au clan des purs. La voie du Christ est donc celle de l’amour, un amour qui est folie, un amour qui est don de soi, surabondance de vie et de force, en dehors de tout calcul, de tout mensonge et de tous faux semblant. Au Christ on ne prend pas la vie c’est lui qui la donne. La sainteté n’a rien à voir avec l’obéissance pénible et larmoyante, ou avec un code moral, elle ne peut être qu’amour se donnant librement, offrande volontaire, élan vital tourné vers l’éternel et ce qui demeure c'est à dire Dieu.

Suivre la voie du Christ c’est d’abord se convertir, abandonner les chemins de traverse, se tourner dans la bonne direction, marcher vers l’essentiel. Ceux qui se sont déjà perdus dans une forêt ou en mer savent à quel point l’orientation est précieuse. Les embuches et les risques de perdre son chemin sont nombreux.


Ultimement c’est le refus du Christ qui constitue la direction opposée.

Le refus orgueilleux qui consiste à ne pas supporter que notre salut ne soit pas dû pas à nos seuls mérites, le refus d’être sauvé gratuitement, le refus d’être aimé indépendamment de sa laideur ou de sa faiblesse, la jalousie que d’autres qui paraissent moins purs que nous soient sauvés.

Ce refus c’est aussi celui des juifs qui attendaient un messie politique, qui ne supportent pas que le royaume de Dieu soit un royaume céleste et non temporel, et que l’on retrouve sous d’autre masques chez tous les partisans de la cité idéale : cité rationnelle, fonctionnelle, cité des grands principes que l’on proclame et qu’on n’applique pas, paradis terrestre où les conflits, la pauvreté et les maladies devront disparaître.


Le refus du Christ passe aussi par l’idolâtrie : culte de la technique, de la puissance, du progrès, du confort, de l’argent, de la consommation et de tous les faux dieux que les hommes se sont fabriqués.


Le malin trouve beaucoup de motifs pour nous égarer loin du Christ tout en nous laissant croire que nous devenons plus chrétiens : l’obsession pour la bonne conduite, le respect apparent des règles sociales, le besoin permanent de « se savoir dans les clous » qui nous conduit à nous croire au dessus du troupeau des pêcheurs, à croire qu’on appartient à l’élite des élus, et au final à calomnier la vie et mépriser son prochain pour des motifs pieux.


Prochainement c’est le découragement, la stagnation, l’engluement dans l’égoïsme qui nous empêchent d’avancer. La paresse, le manque d’énergie, et fondamentalement la peur de se donner, de devoir trop donner, de se fatiguer nous ralentissent.


La voie du Christ est celle qui conduit à Dieu dont nous savons que l’autre nom est amour : ubi charitas, Deus ibi est. Suivre la voie c’est persévérer dans l’amour et le don quotidien et total de sa vie. N’oublions pas qu’il dit qu’il est la voie, la vérité et la vie. La voie ça n’est pas à nous de l’inventer, de la construire par nos propres forces, nous n’avons qu’à la suivre et nous savons que les efforts qu’il nous faut faire pour avancer s’accompagnent des grâces que Dieu nous donne pour nous conduire à lui.


Victor Aubert

Président d'Academia Christiana

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