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Fonder une communauté



La communauté est une nécessité anthropologique

Aristote nous a appris que l’homme était un animal politique. Avant de se penser comme un individu « libre et autonome », l’homme reçoit d’autrui les soins nécessaires à la vie. La famille est le premier échelon communautaire au sein duquel l’enfant apprend à devenir homme. La communauté est une nécessité psychologique et sociale. Bien que l’homme soit capable de solitude et d’auto-affirmation il est inexorablement attiré par l’autre et ne peut se réaliser sans donner ni aimer. Le psychisme humain a besoin d’une certaine sécurité : des repères familiers, un environnement peuplé de semblables.

Le multiculturalisme tente de faire cohabiter ensemble des cultures et des modes de pensée incompatibles. La République souhaiterait gommer les différences trop profondes en imposant des valeurs républicaines. Chacun de ces systèmes se heurte à la nature. Ils sont le fruit de théorisations politiques abstraites, de rêveries naïves dont nous payons aujourd’hui le prix par des attentats et des violences quotidiennes.


Qu’est-ce qu’une communauté ?

La communauté repose sur la nécessité, mais aussi sur les liens du sang, la proximité géographique, une culture et des vertus partagées ainsi que sur des aspirations spirituelles. La communauté implique la conscience de partager un destin commun. Le lien communautaire n’est pas un lien contractuel qui reposerait sur un choix purement rationnel ou l’intérêt individuel. La communauté n’est pas une somme d’atomes égoïstes et interchangeables. La communauté ressemble à un organisme vivant : les parties ont des fonctions différentes mais elles ne sont pas étrangères les unes aux autres. Les parties sont au service du bien du tout et c’est ce principe qui leur donne leur unité. La communauté existe à différents échelons, comme ces petites patries charnelles, qui s’imbriquent les unes dans les autres, telles des poupées russes. Je suis membre d’une famille, d’un clan, d’une paroisse, d’une ville, d’une province et d’une nation qui appartient elle-même à une ensemble civilisationnel plus vaste.


Comment l’individualisme a-t-il été enfanté ?

L’individu roi est le plus terrible des enfants que la modernité ait porté jusque-là dans ses flancs. Il veut ne devoir rien à personne mais il attend tout de l’Etat. L’Etat, ce monstre froid dont la bureaucratie et les prestations sociales ont remplacé les solidarités humaines de proximité. Pensons à toutes ces normes européennes, tant contraires au bon sens le plus élémentaire, qui détruisent chaque jour des pans entiers de l’économie locale au profit des grandes multinationales.

La société industrielle et l’expansion du marché ne cessent de créer de faux « besoins », que l’on devrait satisfaire pour atteindre des paradis artificiels. Ce qui, autrefois, était donné par la communauté, est devenu payant : garde d’enfants, prêt de matériel, covoiturage, maisons de retraite… La publicité omniprésente nous persuade qu’il faut consommer sans cesse. Nouvelle tablette, nouvel aspirateur, lave-vaisselle, poussette, baskets… À renouveler dès la sortie d’un nouveau modèle. Le prix de notre addiction à la consommation, c’est l’aliénation à des métiers lucratifs souvent vides de sens, dans des entreprises où la compétition règne, l’autre devenant un rival.

La communauté a-t-elle totalement disparu de la société moderne ?

Le déracinement déracine tout, sauf le besoin de racines ! Depuis l’avènement de l’immigration de masse nous assistons à une communautarisation des populations d’origine immigrée. La société multiculturelle ne parvient pas à assimiler les individus, trop nombreux pour en sentir le besoin. La repentance, l’ethno-masochisme et l’oubli de notre passé ne donnent à personne l’envie de se sentir français. Peuplant les banlieues de nos métropoles et désormais de nombreux quartiers dans nos villes moyennes, les populations immigrées se groupent et font communauté. Nous ne les avons pas « parqués », ils ont fait bloc, reproduisant ici les cadres traditionnels de la vie au bled. Quand ces lieux ne sont pas colonisés par des commerces exotiques, ils deviennent des zones de non droit à cause des trafics et des violences infligées par haine anti-blancs. Les indigènes – nous ! - fuient vers les campagnes ou le péri-urbain préservé. Cet exode vers des zones dans lesquelles la mixité ethnique est moins accentuée est un mouvement assez peu conscient. On fuit l’insécurité plus qu’on se dirige vers un communautarisme ethnique.

Les politiques prônant le « vivre-ensemble » ne sont que peu suivies dans les faits. Plus l’immigration est présente et plus croît la part d’individus sceptiques au melting-pot. Comme le fait remarquer le sociologue Christophe Guilluy, le « vivre ensemble » ne recouvre pas les mêmes réalités pour le cadre supérieur parisien et dont les contacts avec l’immigration se limitent à ceux avec sa femme de ménage et ses livreurs à domicile et pour le chômeur d’Aubervilliers. Un séparatisme de fait semble s’amorcer. Même les partisans du multiculturalisme vivent souvent en contradiction pratique avec leurs prescriptions morales.

Faut-il lutter contre le séparatisme ?

La République est « une et indivisible », elle ne reconnaît aucune communauté. Le président Macron nous l’a bien rappelé dans son discours sur les séparatismes. Le projet républicain consiste à imposer ses valeurs à l’ensemble des citoyens : fin de l’école à la maison, restriction de liberté pour les écoles libres, diabolisation de toute forme de dissidence. Si nous pouvons nous réjouir que les communautés immigrées ne soient pas suffisamment importantes et organisées pour imposer leur loi sur notre sol, il faut reconnaître que dans la pratique, les tentatives de lutte contre les séparatisme ou communautarisme se retournent le plus souvent contre les Français enracinés.

Islam et immigration sont liés. L’Islam ne poserait sans doute pas autant de problèmes si l’immigration était un phénomène marginal. L’Islam contribue souvent à accentuer les conflits. Il croît aisément sur le terreau du nihilisme, du matérialisme et de l’indifférence générale à l’égard du sacré. Il est comme l’huile jetée sur le feu. C’est une religion identitaire, politique et conquérante. Il n’y a pas d’attentats boudhistes ou hindous en France. Cependant je ne crois pas que l’on puisse régler le problème islamique par un patriotisme républicain. Les valeurs républicaines sont universelles et abstraites. Les religions sont tolérées dans la mesure où elles restent des opinions privées qui ne vont pas à l’encontre des dogmes républicains. Pour que l’Islam soit compatible avec la République il faudrait qu’il se reconnaisse inférieur à ses lois, ce qui est un non sens de son point de vue. La première chose à faire vis-à-vis de l’Islam serait de renouer avec notre tradition, d’assumer ce que nous sommes, de redevenir virils.

Dans son Essai de physiologie sociale, le philosophe paysan Gustave Thibon compare la nation au corps humain. Ce dernier tombe malade quand un organe tend à mener sa vie propre. La dysharmonie ne peut durer indéfiniment. Certains cancers ne guérissent que par ablation.

Lorsqu’un organisme vivant est confronté à un corps étranger, , celui-ci peut être assimilé, dans le cas de l’aliment comestible, ou bien combattu s’il est toxique.

Dans un organisme malade, l’unité dégénère en centralisation et la pluralité en anarchie. Cette pseudo-unité qu’est la centralisation se fait généralement autour de l’élément le plus corrompu. Un corps malade est asservi aux exigences du moins sain de ses organes, une nation malade est gouvernée par la lie de ses habitants.

Le mal appelle un remède artificiel (lutte contre les séparatismes, valeurs républicaines), et le remède artificiel, à son tour, après un coup de fouet factice, aggrave le mal. La dissolution anarchique cherche dans un étatisme glacé un refuge contre elle-même.

Que faire ?

Rester seul c’est disparaître. La vie urbaine dans nos mégalopoles ressemble de plus en plus à une mauvaise soupe, dans laquelle le mélange des ingrédients aurait abouti à une absence totale de saveur. Les identités sont dissoutes au profit d’une culture de masse abêtissante et vulgaire : Hanouna, Netflix, Disney, MacDonald, et H&M.

Le rêve du multiculturalisme c’est l’extinction des différences dans le métissage et l’aliénation à la société du spectacle et de la consommation.

Notre seule chance de survie est donc la communauté. Le repli communautaire n’a pas pour but de gérer tranquillement la disparition des européens comme on a parqué les amérindiens dans des réserves. Ce repli doit s’accompagner d’un retour aux sources, il doit permettre une meilleure transmission de notre héritage civilisationnel à nos enfants, il doit avoir pour but de préparer des générations futures de combattants. La communauté à elle seule redonne un sens à nos vies : sa chaleur nous console de la froideur de l’anonymat. Etre membre d’une communauté, c’est être utile à ceux qui partagent une même conception de l’existence et du devoir.

Consacrer nos énergies à bâtir une communauté, c’est s’assurer qu’elle ne seront pas gâchées dans des combats perdus d’avance.

Fonder nos communautés, c’est retrouver notre autonomie et devenir acteur de nos vies. C’est se passer au maximum des infrastructures et des mécanismes imposés par le système. Mais c’est aussi mettre en place des structures collectives pour rendre possible un autre mode de vie, fondé sur la décence commune, la mesure, l’altruisme et la simplicité volontaire.

Comme disait Frederic Mistral : nous ne voulons pas faire une majorité électorale, nous voulons refaire un peuple. Pour fonder nos communautés, il faut commencer par changer les mentalités. Nous n’avons que deux alternatives : s’épuiser à vouloir obtenir aujourd’hui un sursaut électoral par les urnes dans un contexte défavorable, ou construire sur le long terme.

Le pouvoir n’est plus dans les assemblées. La politique consiste beaucoup à agiter du vent, à communiquer et finalement à vivre en dehors du monde réel. Une bonne manière de faire de la politique aujourd’hui, c’est de bâtir des choses concrètes. C’est ce que font beaucoup de militants, que ce soit par la formation et le combat des idées, par les médias, l’action associative locale et la conquête de mairies.

Il faut investir dans les écoles, les lieux de formation, créer une contre-culture communautaire européenne et chrétienne de combat afin d’amorcer un élan qui portera ses fruits dans plusieurs générations. La culture contemporaine est corrompue et nous corrompt, il faut faire sécession avec le modèle aujourd’hui majoritaire pour en développer un qui nous permette de renouer avec nos racines. Nous devons développer un éco-système militant, économique, médiatique et associatif communautaire au sens large qui nous permettra d’être moins fragiles face aux assauts du système. Un réseau de petites entreprises amies que nous ferions vivre et qui réciproquement nous feraient vivre et travailler. C’est la communauté que nous devons construire et qui pourrait assurer un avenir à notre civilisation.

Je terminerai par ces mots de Xavier Eman : « les premières pierres de ces communautés seront autant de monastères et de phalanstères conservant et entretenant la flamme de la civilisation au cœur de la longue nuit de la barbarie libérale. »


Victor Aubert pour le colloque de la fondation Polemia




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