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Faire de nos familles des monastères : colonnes entre la Terre et le Ciel

« Si nous voulons fuir les peines de l’enfer et parvenir à la vie éternelle, tandis qu’il en est temps encore, et que, demeurant en ce corps, nous pouvons, à la lumière de cette vie accomplir toutes ces choses, il nous faut courir et agir d’une façon qui nous profite pour l’éternité », clamait St Benoît, patron de l’Europe. C’est un vibrant appel que nous lance le saint à chercher ardemment le Seigneur, et à rejeter avec mépris tout ce qui pourrait nous détourner de Lui ou qui n’est pas de Lui.


Difficile d’imaginer dans le désert spirituel de notre époque que notre pays florissait il y a encore quelques siècles de monastères, divines colonnes entre la Terre et le Ciel jalonnant notre territoire. “Le monachisme chrétien occidental” s’est construit au travers de réformes successives. Une première formalisation a lieu en 202. L'Édit de Milan proclamé en 313 en facilitera l’expansion, suivi du concile de Chalcédoine qui donnera une autorisation implicite à l’implantation de communautés chrétiennes retirées du monde. L’époque franque sera un terreau favorable à la diffusion de ce monachisme. Comme le déclarait si bien un évêque au premier roi chrétien Clovis : « Lorsque tu combats c’est nous qui triomphons ! ».


L’attrait pour la vie ascétique va conduire à l’implantation rapide, mais sans cohérence de divers monastères comme St Germain à Auxerre ou St Victor à Marseille (Vème siècle, monachisme provençal). L’influence de ces communautés ne dépassent jamais les frontières du diocèse ou la renommée de leur fondateur.

Le patriarche des moines St Benoît de Nursie va faire le premier pas vers une uniformisation du monachisme par sa règle écrite sur le Mont Cassin en 535, qui va prendre le pas sur toutes les autres règles édictées. L’élan monastique est redonné à toute la Gaule.

Une seule voie : Ne rien préférer à l’œuvre de Dieu !

A l’ouest, le renouveau sera assuré par le monachisme celtique avec St Colomban.

Cette volonté de fuir le monde (la fuga mundi), d’avoir Dieu avec soi conduit à l’émergence de nouveaux monastères dans des terrains normalement impropres hostiles à la vie sédentaire : zones marécageuses, forêts, où ils deviennent de réels architectes. Ils transforment le territoire, assèchent les marécages, détournent des rivières, défrichent les forêts...Les terres du royaume sont complètement remises en valeur.


L’époque du renouveau monastique commence au 10e, alors que les attaques normandes et sarrasines prennent fin, le poids de l'Église est alors fortifié. Les fausses terreurs de l’an mil prétextant l’arrivée de l’Apocalypse conduisent les hommes à revenir sur eux-mêmes. Comme le dira le moine Raoul Glaber, ces débordements terrestres sont des signes envoyés par Dieu sur l’état du cosmos : “Notre péché dérègle la nature et une édification morale et spirituelle est vitale”.

Le monachisme n’a eu de cesse de réformer l'Église, en proie à de nombreuses tribulations comme la simonie (vente de charges ecclésiastiques) et le nicolaïsme (mariage des prêtres). L’abbaye de Cluny, fondée en 909, est alors le navire amiral de la réforme grégorienne. Le souci de la vérité et de la mortification, conduisent ce renouveau. Les vocations se multiplient, la démographie aux alentours augmente, les moines rachètent des esclaves pour leur émancipation… Cluny devient un véritable lieu d’exception tant par son action colossale (libertas romanas) que par sa somptuosité.

Sa devise : “Retrouvez la Jérusalem Céleste ! »

Plus tard, au XIIIème siècle, s’insurgeant contre certaines dérives des monastères, St Bernard de Clairvaux déclara « Les murs de l'Église sont étincelants mais ses enfants sont dans la misère ». Nait alors Cîteaux, une abbaye qui cherche à incarner la Kénose, c'est-à-dire le retour à une simplicité semblable à celle du Christ lors de sa vie terrestre. Cette règle de vie se résume par cette phrase de St Bernard : « Le Christ a voulu souffrir et être tenté et partager toutes nos misères […] puisqu’il est devenu notre prochain et qu’il a souffert il faut que nous souffrions nous-mêmes » (1)


Réformée, purifiée, formée, la Chrétienté connaît ses heures de gloire. Le monachisme constitue la clef de voûte de l’Europe Chrétienne. Impossible de faire 50 kilomètres sans croiser un monastère, où les moines prient, jeûnent et veillent pour le Salut des âmes. Des îlots de sainteté édifiants, qui irriguent la vie spirituelle des contemporains.


Ne donnerons-nous pas à la France ce glorieux titre de « Fille aînée de l’Église » face à ce bourgeonnement de monastères ?

Il serait quelque peu anachronique de donner cette désignation au 9eme siècle car la France n’en sera honorée seulement qu'en 1830. Les racines chrétiennes de l’Europe sont la preuve même d’une alliance charnelle entre notre Terre et la Chrétienté. Car notre cher royaume de France “maintenait les églises” et pour cela il “méritait les titres d’une louange perpétuelle”(2).

La vie religieuse des moines est un exemple à suivre pour tout le peuple de Dieu. C’est ainsi tout l’enjeu du livre Le Pari bénédictin de Rod Dreher. Constatant l’actualité saisissante de la règle bénédictine, il voit à travers elle un moyen de vivre et de répandre l’Evangile au milieu du monde moderne et de ses doux despotismes.


Pourquoi ne pas vouloir reprendre cette implantation monastique , faire de nos familles des monastères miniatures et de l’Imitation de Jésus Christ notre guide de vie ?


(1), Les degrés de l'humilité de Bernard de Clairvaux

(2), Lettre d'Innocent III au roi de France


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