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Etat-planificateur ou passe climatique



Ingénieur polytechnicien, membre du Haut Conseil pour le climat et professeur à l’Ecole des mines, Jean-Marc Jancovici occupe les plateaux de télévision depuis dix jours. Pour les anti-nucléaires, c’est un traître. Pour la droite, c’est un dirigiste à la chinoise. Pour la gauche, c’est un nostalgique des Trente Glorieuses. Sur BFM TV, le 10 mars, il rappelait que « les politiques énergétiques se déploient sur le temps long, comme l’éducation d’un enfant : on ne rattrape pas en une semaine, ni en dix ans », vingt ans d’errances.


Jancovici reproche particulièrement aux dirigeants successifs depuis les années 1990 d’avoir découragé le secteur du nucléaire par un optimisme irresponsable à l’égard des énergies renouvelables. Il plaide pour « l’urgence de la sobriété » : nous serions entrés dans une décrue inévitable de l’extraction de pétrole (qu’on ne « produit » pas en usine, rappelons-le aux technolâtres de tout bord), imposant une baisse annuelle de 5 % de la consommation d’hydrocarbures, d’où une économie d’un tiers de l’énergie utilisée sur 30 ans. Cette réduction a été atteinte à trois reprises : en 1932 dans le sillage de la Grande Dépression, en 1945 après l’ouragan de la Seconde Guerre mondiale et en 2020, l’année zéro de la tyrannie covidiste. Cette cure d’énergie fossile a toujours été la résultante d’une crise, et non d’un choix souverain.

Quid des énergies « vertes » ? Un mirage « dans une économie moribonde […]. Les Allemands sont ceux qui ont le plus investi dans l’éolien et le solaire [de 500 à 1 000 milliards d’euros depuis 20 ans] et ils sont aujourd’hui les plus dépendants au pétrole ». Ne reste que le nucléaire, « une énergie compacte, pilotable selon la demande, mobilisant peu de surface et demandant peu de métal par kilowattheure produit », jugeait-il sur la chaîne B Smart le 18 février. Ainsi, il nous faut « un plan Marshall, une économie de guerre, on n’y arrivera pas dans une économie ouverte dans laquelle on n’a pas de direction claire, où on ne fait pas de choix ». Vantant les mérites du plan, il cite des succès français : le système ferroviaire et routier, le réseau électrique… « Les limites physiques de la planète nous imposeront la décroissance des biens matériels » : il est donc nécessaire de l’organiser plutôt que de la subir. Or, « la vitesse à laquelle il faut réformer le système n’est pas compatible avec le maintien d’une liberté individuelle accompagnée du niveau de vie auquel on est habitué aujourd’hui », ose-t-il dans Le Monde sans fin (2022).


En conséquence, deux choix s’offrent à nous. D’une part, le passe climatique et les radars anti-diesel à l’entrée des centres-villes, soit le moyen prisé par les écologistes de salon qui veulent sauver la planète sans résorber la mondialisation et en sacrifiant les classes moyennes, épargnant les multinationales tant qu’elles promeuvent la révolution arc-en-ciel. D’autre part, l’Etat-planificateur, économiquement souverainiste et politiquement indépendant, qui rétablira des limites partout : à l’immigration, aux délocalisations, au racket fiscal, au bavardage parlementaire, à la connerie ambiante… Marine Le Pen prône l’« Etat-stratège » depuis longtemps, Eric Zemmour est un colbertiste convaincu et les deux défendent le nucléaire. Seule la droite, la vraie, a le logiciel pour assumer le défi lancé par Jancovici. Chiche ?

Julien Langella



Retrouvez tous les samedis, dans le Quotidien Présent, les réflexions inspirées par l’actualité à Julien Langella, cofondateur de Génération identitaire et membre d’Academia Christiana.


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