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Deux planètes, deux destins




En 1950, l’écrivain Poul Anderson fait paraître La main tendue, un livre de science-fiction visionnaire qui prévoyait l’anéantissement culturel de l’Europe par l’american way of life.


Pour sa démonstration, il prenait l’exemple futuriste de la planète Cundaloa et de sa rivale Skontar. Epuisées par une longue guerre, elles se voient proposer l’aide de la Terre à condition de renoncer à leur identité. Cundaloa, allégorie de l’Europe sous Plan Marshall, vend son âme contre l’or ; Skontar résiste. Une autre actualité nous donne l’occasion de mettre en œuvre l’art de l’allégorie politique…


Imaginez deux planètes : l’une se nomme Nefrac et l’autre, Rébiolussiée. Nefrac fut autrefois la fine fleur de sa galaxie, la vieille Oreupe. Petite mais centrale dans l’Univers, Oreupe est la plus dynamique et diversifiée des galaxies. Nefrac brillait au milieu de cet ensemble comme une perle dans sa coquille, à tel point que Nefrac était autrefois la plus peuplée d’Oreupe et que sa langue traversait les anneaux de ses géantes voisines pour devenir le parler universel.


Orgueilleuse, Nefrac ne profitait même pas de sa natalité record pour peupler d’autres corps célestes, ceux-là même qu’elle avait pourtant conquis ! Nefrac était ce pays de Cocagne qui avait fait trembler plus d’une étoile. Mais les temps ont changé et les Nefraçiens ignorent ou méprisent ce passé glorieux. A l’école, on leur apprend à détester leur planète et à louer tout ce que l’Univers compte d’astres en déclin, au prétexte qu’ils furent, autrefois, victimes de « l’impéralisme » nefraçiens… Les vaincus ont colonisé mentalement la brillante Nefrac, où les nostalgiques de la « Nefrac éternelle » sont impitoyablement condamnés au silence ou au bannissement vers le trou noir Amnesia.


Du firmament à la chute, Nefrac plonge l’Univers entier dans la consternation et la pitié. Plus grave, toute l’Oreupe, comme frappée de folie, suit l’exemple nefraçien. Sa dernière bêtise en date : l’obligation de se saluer en se frottant le coude et le port obligatoire pour tous d’un scaphandrier afin de se protéger d’un pollen intergalactique qui fait éternuer moins de 1% de sa population. Loin de ce triste spectacle, aux confins de la galaxie oreupéenne, subsiste une planète originale, encore plus petite que Nefrac, guère aussi jolie que cette dernière mais qui a choisi la voie opposée : celle de l’identité.


Sur Rébiolussiée, la fierté du passé se conjugue au présent. Ici, les principes sont plus simples, au risque d’être simplistes. Mais sur Rébiolussiée, pas de scaphandre ni d’ethnomasochisme… Même le pollen intergalactique y semble moins dangereux ! Enclavée comme elle est, Rébiolussiée ne menace personne. Mais tout le monde la menace, surtout depuis qu’elle a fait arrêter une fusée pour y interpeller un opposant. Certes, « les droits de l’homme » ne sont pas la principale préoccupation sur Rébiolussiée, mais est-ce vraiment le cas sur Nefrac ? Ce serait même « la dernière dictature d’Oreupe » selon les journalistes nefraçiens, qui savent à peine situer Rébiolussiée sur une carte de l’Univers… Franchement, vous y croyez, vous ?



Julien Langella



Retrouvez tous les samedis, dans le Quotidien Présent, les réflexions inspirées par l’actualité à Julien Langella, cofondateur de Génération identitaire et membre d’Academia Christiana.


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