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De la pensée unique à l’unique pensée




Il n’y a pas que le coronavirus dans la vie. Néanmoins, il est devenu le conducteur triomphant du char de l’Occident. Nos vieilles nations européennes avaient déjà glissé vers la médiocrité consumériste, le relativisme moral et le terrorisme intellectuel (du stalinisme à la révolution arc-en-ciel dépeinte par Martin Peltier), sombrant dans la nuit de la pensée unique. Désormais, aboutissement d’une chute inouïe comme les civilisations en connaissent peu, l’Europe a touché le fond de l’unique pensée : la pensée Covid, où tout est mesuré à l’aune de l’épée de Damoclès pandémique. « Ni droite, ni gauche » : le Covid-19 a donné chair à ce slogan. L’épidémie l’a réalisé sous nos yeux en dépolitisant le débat public, ramené à de pures considérations techniques : quand déconfinera-t-on le pays ? Comment ? Quelle région en premier ? Etc. Le Covid-19 a tué le débat d’idées.


Le mythe de l’union sacrée, au nom de l’unité nationale, lui piétine la tête, et un Mélenchon, hagard, chevillé à sa sacoche noire, assiste impuissant, lui le vieux roublard de la politique politicienne reconverti en populiste de gauche, à l’implacable froideur de l’expertocratie, désormais toute puissante. « Il faut écouter les scientifiques, moi je ne fais pas de politique ! » : Greta Thunberg nous avait prévenu. Les beaux esprits doivent céder la place aux gestionnaires de crise, technocrates qui attendaient dans l’ombre, tirant déjà les ficelles de la vie nationale, comme les grands bourgeois du XVIIIe siècle, l’heure de gloire où ils pourraient s’afficher comme seuls maîtres à bord, à l’instar des révolutionnaires de 1789 ou des hommes d’affaires de la Monarchie de Juillet, prenant les rennes du pays au mépris des reliquats de la bienséance royale. Masque ou gel hydroalcoolique ? Attestation de déplacement ou justificatif professionnel ? Voilà l’unique clivage. Car il y a pire que le Covid-19 : le déclin de l’intelligence et son lot inévitable de défiance entre voisins, voire de délations. La France se divise en deux camps ; ceux dont le port du masque semble leur avoir fait perdre le goût de la politesse et de la décence commune, et les autres, irréductibles Gaulois s’entêtant à saluer les passants.


Avec la robotisation de l’économie progresse l’automatisation dans les rapports humains, et la sociabilité se noie dans les eaux froides du calcul égoïste et du paiement comptant. Pire que l’intelligence artificielle : la mécanisation de l’homme. « La France refuse d’entrer dans le paradis des robots », proclamait Bernanos. Que dirait-il aujourd’hui ? La pollution de l’air causée par les flux des transports, au nom du sacro-saint libre-échange, tuent 11 millions de personnes par an, soit plus que ce que l’on attend du Covid, qui en a tué moins de 4 millions à ce jour. Le capitalisme globalisé tue plus d’innocents que le Covid-19 : la plus grande victoire du Covid-19 et de ses meilleurs clients (les experts qui défilent sur les plateaux télé’), c’est de nous l’avoir fait oublier. Déconfinons nos cerveaux endormis, réveillons-nous !


Julien Langella


Tribune publiée dans le Quotidien Présent



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