• Julien Langella

Contre la dystopie, la liberté des fous



Microsoft vient de déposer un brevet pour un chatbot : une application de conversation avec une personne vivante ou décédée. En analysant les informations disponibles sur une personne, collectées sur Internet en attendant la collaboration sonnante et trébuchante de l’administration publique, Microsoft envisage la conception d’un programme d’intelligence artificielle imitant la personnalité d’un individu, ses centres d’intérêts ou encore sa manière de parler. Ainsi, nous pourrions discuter, grâce à notre iPhone ou un ordinateur, avec un mort.

Qui ne rêverait pas de rencontrer son idole ? Le sujet n’est pas neuf puisque la revue Wired avait diffusé sur YouTube en 2017 la vidéo d’un apprenti-sorcier qui avait conçu une application de discussion avec son père décédé.

Bien sûr, ce n’est qu’un brevet. Si Magellan avait pu breveté le concept de tour du monde, l’aurait-il fait pour empêcher des navigateurs plus audacieux de plagier son projet ? Au XVIe siècle naissant, les hommes rêvaient de conquérir l’Atlantide pour détacher l’or des colonnes doriques afin de financer une neuvième croisade. Pour Dieu et le roi, l’homme d’action de la Renaissance - le cœur toujours gonflé d’absolu - aurait fait n’importe quoi… Sauf, justement, interdire au voisin de rivaliser d’esprit chevaleresque. Le but surnaturel primait tout le reste.

Au contraire de notre époque bassement matérielle, où tout s’achète et se vend au plus offrant, même le droit d’être plus créatif ou ingénieux. Imaginez un peu un monde où les Chinois auraient « acheté » le droit de fabriquer et d’utiliser la poudre à canon et la boussole… Il aurait fallu une guerre mondiale pour détruire l’Empire du milieu afin de pouvoir jouir de ces trésors. Et si l’usage du zéro avait été interdit par les Perses ou les Mayas ? La logique du brevet, fruit pourri du libéralisme qui place le contrat privé au-dessus de toute norme, contredit la liberté d’innovation, pourtant à l’origine même de l’explosion capitaliste entre 1750 et le début du XXe siècle.

Peu importe la liberté. Celle-ci n’est plus qu’un doux rêve dans une société où des gens plus riches que des Etats, tel Bill Gates, capables de stériliser une population entière au nom de « l’éducation des femmes » (comme en Afrique noire), aurait désormais le pouvoir de créer des copies de n’importe quel être humain. Quand est-ce que Notre Seigneur sifflera la fin de la récré’ ? Où est la pluie de météorites ? Le chrétien ou l’homme qui dispose encore d’une vie intérieure non-indexée sur la publicité traverse un véritable désert.

Le catholique intègre est particulièrement isolé. Trahi par ses prélats, entourés de bipèdes masqués en pantalon rose, il doit affronter l’universel complot des médiocres. Sa joie dépendra de sa capacité à être lui-même envers et contre tous, son bonheur dépendra de son courage. Il doit être un fol en Christ, comme ces ermites qui vivaient et mouraient sur des colonnes, pourrissant la vie des fossoyeurs comme un dernier hommage à la liberté. « Quand les habitants de cette terre seront un peu plus difficiles, je me ferai naturaliser humain. En attendant, je préfère rester fasciste, bien que ce soit baroque et fatigant. » (Roger Nimier).


Julien Langella



Retrouvez tous les samedis, dans le Quotidien Présent, les réflexions inspirées par l’actualité à Julien Langella, cofondateur de Génération identitaire et membre d’Academia Christiana.


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