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Bernanos au cinéma

Bernanos est de ces quelques auteurs qu’il n’est plus besoin de présenter, mais dont

il ne faudrait jamais cesser de parler, et qu’il ne faudrait jamais cesser de lire. L’édifice de sa

vie et la profondeur de ses œuvres en font un personnage respecté par-delà la sphère des

lecteurs catholiques, bien qu’il soit plus cité que vraiment lu.


Romancier, essayiste, pamphlétaire, ce redoutable auteur, plusieurs fois lauréat de

prix littéraires, avait pourtant en horreur cette « besogne »(1) de l’écriture - « Si je me sentais

du goût pour la besogne que j’entreprends aujourd’hui, le courage me manquerait

probablement de la poursuivre, parce que je n’y croirais pas » (2) . Cet « honorable » (3) métier

qu’il endura comme une vocation ne le laissa pas sans une certaine amertume. « Je ne suis

pas un écrivain » (4) disait-il de lui-même.

Et pourtant, docile à l’appel qu’il sentait, il se retrancha de la vie qu’il aurait peut-être

souhaité mener pour nous laisser en héritage ces travaux puissants, visionnaires et

enracinés.

Quel objet l’a guidé dans cette tempête, lui qui se sentait né pour ses lecteurs ?

C’est le douloureux appel du devoir, c’est l’idée qu’il « n’aurait pas voulu mourir sans témoigner » (5) . Témoigner de quoi ? Et bien témoigner de ce que « l’homme dépasse infiniment l’homme » (6) comme le disait Pascal. Que la restauration de la seule véritable vocation de l’homme, c’est-à-dire la sainteté, était l’ultime combat à mener au travers des sordides emportements de la modernité.

« Bernanos m’est apparu en chevalier, sans peur et sans reproche, tel un ancien

croisé, viril dans l’allure et croyant dans l’âme, qui, avec une espérance embrumée de

doutes et des doutes traversés par des lueurs d’espérance, chevauche contre la mort et

contre le diable. » (7)

Ce n’est pas à proprement parler de son œuvre littéraire que nous voulons discuter

aujourd’hui, mais de ces adaptations cinématographiques. Les travaux de ce singulier auteur

ont inspiré des réalisateurs qui ont proposé une mise à l’écran de ses plus célèbres romans,

et de sa pièce de théâtre, Le Dialogue des Carmélites.

Ces adaptations sont :

● Journal d’un curé de campagne, de Robert Bresson en 1951 ;

● Le Dialogue des carmélites, de Philippe Agostini et Raymond Leopold Bruckberger en

1960 ;

● Mouchette, de Robert Bresson en 1967 ;

● Sous le soleil de Satan, de Maurice Pialat en 1987 ;

● Dialogue d’ombres, de Jean-Marie Straub en 2015.


Que ces œuvres soient un complément ou une porte d’entrée aux travaux de Bernanos,

elles sauront satisfaire les spectateurs qui y cherchent de la qualité et de la fidélité.

Parmi celle-ci, le film de Maurice Pialat, Sous le soleil de Satan, recevra même la

Palme d’or au Festival de Cannes de 1987, et réussira à « porter le cinéma à une autre hauteur »

(d’après Yves Montand, président du Jury). Cette adaptation, avec Gérard Depardieu dans le

rôle principal, arrive à dépouiller l’intrigue du livre pour transposer sur un autre format la

plupart des caractères essentiels de celui-ci. Les textes de Bernanos transportent le

spectateur dans une attitude contemplative et réflective : pas besoin d’être un grand

théologien, ni un philosophe pour en saisir toute la portée. L’on comprend naturellement

que l’on a affaire à quelque chose de grandiose.

Ces films sont des exemples à plusieurs titres. Déjà en tant qu’objet

cinématographique, mais également en tant qu’initiatives artistiques et militantes. Un film

n’a pas besoin de grands moyens pour émouvoir et transporter le spectateur : quelques

plans, un dialogue, un beau texte suffisent.


Aujourd’hui, il suffit d’un téléphone, d’une table de cuisine et de deux acteurs pour réaliser l’un des objectifs de l’art : proposer une exploration de l’âme humaine. Les textes sont déjà écrits. Des courts-métrages militants, catholiques et enracinés serviraient bien nos contemporains qui n’attendent que vos initiatives.


1. Les Grands Cimetières sous la lune, Georges Bernanos

2. Ibid.

3. Ibid.

4. Ibid.

5. Entretien de 1926 avec Frédéric Lefèvre

6. Pensées, Blaise Pascal

7. Mon vieil ami Bernanos, Paul Gordan


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