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Athéisme et paganisme, le christianisme en question par Gilles de Beaupte


"Athéïsme et paganisme : le christianisme en question" : conférence donnée par Gilles de Beaupte lors de l'université d'été 2019 d'Academia Chistiana à Sées. Une lecture chrétienne de Nietzsche Gille de Beauptes, enseignant à l’Institut catholique de Paris, en appelle à Nietzsche pour une purification de la foi chrétienne. Ennemi implacable du christianisme, le philosophe allemand n’a pas son pareil pour détecter tout ce qui, au sein même de cette religion, n’est pas chrétien. Le christianisme, qu’il accuse d’être la plus grande corruption et le plus grand ennemi de la vie, s’est selon lui construite sur le ressentiment, cette envie de vengeance des êtres faibles, impuissants à assouvir cette vengeance. En se servant de la religion du Christ et à la suite de saint Paul, les faibles ont développé un verbalisme et nourri une illusion de la foi pour mieux esquiver la pratique et l’action… quand le Christ vivait au contraire totalement la parole. Seules les œuvres de l’amour peuvent sauver le christianisme. Si d’autres que Georges Bernanos aimeraient à rêver que « notre Église est l’Église des saints », il serait déjà bon qu’elle soit celle des vrais chrétiens. Le Christ a reproché au pharisiens de se réfugier derrière une pratique exclusive de la loi au détriment de la foi. Mais plus tard, saint Paul et Luther vont interpréter ce rejet du pharisaïsme en faisant de la foi un verbalisme qui permet de se dispenser des actes (la charité). Nietzsche s’oppose au salut par les oeuvres de la loi des pharisiens mais il e le fait pas au nom du salut par la foi de St Paul. Les chrétiens en récusant le légalisme des pharisiens vont ainsi se dispenser de la pratique. Pour Nietzsche seule la pratique peut donner sa valeur à une parole. La foi pour lui est un discours creux qui permet d’esquiver la pratique, et donc un mensonge et une illusion. Pour Nietzsche il n’y a donc pas de pratique chrétienne chez les chrétiens mais il y a même une pratique anti-christique. Le christianisme est une religion de la faiblesse. Nietzsche reproche au christianisme d’être un ennemi de la vie à cause du ressentiment : Tous les êtres dévorés par l'envie la plus basse, la plus perfide et aussi la plus incurable, car elle porte sur l'être et non sur l'avoir : l'envie de tout ce qui est né faible, douloureux, corrompu, esclave à l’égard de tout ce qui est fort, heureux, sain, dominateur. Pour ces déchets de l’humanité, le spectacle de la force et de la plénitude constitue une offense sans rémission un affront qui crie vengeance. Mais incapables de se venger effectivement, ils assouvissent leur rancune par des voies détournées ou imaginaires : en renversant à leur profit la hiérarchie des valeurs, en faisant une « vertu » de chacune de leurs impuissances, en calomniant la vie parce qu’ils portent déjà en eux la mort, en condamnant la force comme un péché parce qu’ils sont les plus faibles, en prêchant l’égalité parce qu’ils sont les plus bas, Et cette gerbe de mensonges, ils la lient avec le nom de Dieu qui les contient tous. Que répondre à Nietzsche ? Les blasphèmes de Nietzsche ne sont pas des blasphèmes car il ne fustige que des idoles. La seule réponse à Nietzsche ce sont les oeuvres de l’amour. L’amour chrétien est absolument pur de tout ressentiment, mais il n’est pas de vertu que le ressentiment n’ose davantage singer à ses propres fins. Qu’est-ce que le véritable amour ? Le véritable amour découle d’un sentiment de sûreté et de l’invincible plénitude de son être et de sa vie. Amour, service, inclination vers les humbles et les faibles, tout cela peut être un débordement spontané de nos forces accompagné de la joie et de la paix la plus profonde. Il y a un même un sacrifice qui est le don de soi libre. Mais il y a aussi un altruisme qui procède de la jalousie et du refoulement. Nietzsche a tort contre le Christ, il suffit de nommer les saints pour que les arguments de Nietzsche soient ridicules. Mais nous ne sommes pas des saints...Pour répondre à Nietzsche il suffit d’être et d’agir comme de vrais chrétiens.

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