• Viktor Ober

La question scolaire dans une optique militante


Conférence donnée à Paris le 18 mai 2018

Au delà de la question de l’école c’est celle de l’homme qui ici fait finalement débat.

La question de l’école est politique. Comme le disait la pédagogue italienne Maria Montessori : « l’enfant est l’avenir de l’homme ».

BREF HISTORIQUE SUR LA PLACE DE L'ÉCOLE EN FRANCE

L’école en France tient une place particulière dans la société; chaque nation européenne a créé une institution jouant le rôle de matrice sociale par laquelle tous ses membres passent.

La Prusse avait une tradition militaire qui a joué un grand rôle dans la formation du peuple allemand.

La France, depuis le XVIIeme siècle avec les écoles jésuites a développé de grands collèges par lesquels passait une grande partie de l’élite française. Ces collèges jésuites se sont néanmoins formés sur le modèle militaire, (Saint Ignace, fondateur des Jésuites étant un ancien militaire). Tous les mots désormais scolaires : classe, division, préfet, section, sont empruntés au vocabulaire militaire.

Mais avant le développement des collèges jésuites, les moines avaient déjà commencé l’oeuvre scolaire. Les universités ont été inventées par les moines, la Sorbonne tire son nom de Robert de Sorbon. Les monastères, placés tous les 10km partout en Europe étaient des lieux d’études. Plus tard les paroisses deviennent également des écoles. Jusqu’au XVIIIeme siècle une grande partie des français fréquentent ces écoles paroissiales où l’on apprend à lire, à écrire, à chanter, à compter et le latin. Cette éducation des paroisses était payante mais accessible. Certes peu de monde y séjournait longtemps mais les historiens estiment qu’une part importante de la population y avait accès même dans les classes populaires et dans les milieux ruraux.

C’est la République qui pour la première fois dans l’histoire de l’humanité développe le concept d’école laïque obligatoire pour tous. Il s’agit bien là de la volonté de refaire un peuple.

En prenant du recul on se rend compte que l’école n’était pas le lieu unique de l’apprentissage : la corporation tenait la fonction d’apprentissage professionnel. Les formations étaient très diverses, le temps passé à l’école était inférieur au temps moyen passé aujourd’hui dans les écoles.

Rendre l’école obligatoire, et l’école républicaine gratuite c’est s’assurer de faire passer la plus grande part de la population par un certain formatage. On ne peut comprendre le changement des mentalités et les transformations sociales qu’a subies la France entre l’ancien régime et notre époque en évacuant la question scolaire. Certes l’école n’est pas le seul facteur déterminant, mais elle constitue une matrice sociale dont le rôle est de former des citoyens compatibles avec les valeurs de la république.

Ce changement se fit en plusieurs étapes : de deux filières , une courte couronnée par le certificat d'études passé à 14 ans (auquel succédait nombre de formations souvent nées des besoins locaux) , une longue qui se terminait par le baccalauréat porte vers l'enseignement supérieur, on passe à un collège unique (loi Haby 1975 ) dans lequel les élèves doivent être présents de 8h à 17h à suivre les mêmes matières.

Que penser d’une société dans laquelle tout le monde est obligé de passer par une voie unique? Il y a dans cette vision un égalitarisme profondément anti-réaliste qui découle d’une vision idyllique d’une société d’intellectuels.

Malgré tout il faut reconnaître que cette école républicaine, en tant qu’héritière des expériences du passé, a réussi à former des esprits brillants dans une société qui n’avait pas encore atteint son niveau de décomposition actuel.

Le niveau académique des écoles républicaines jusque dans les années 70 n’est pas critiquable. En revanche l'école républicaine, en tant qu’institution rivale de l’église, chargée d’inculquer aux jeunes les valeurs de la république : laïcité, positivisme, centralisme, a participé au grand déracinement des français.

Une première critique qu’on peut formuler du modèle républicain est son égalitarisme qui nie l’existence des différences. Combien d’enfants sont détruits par l’école qui leur impose un modèle très éloigné de leurs talents qui seront par conséquent inexploités.

La seconde, son idéologie universaliste et anti-chrétienne chargée de former un peuple nouveau, totalement imperméable au sacré.

Combien d’enfants parmi les générations de jeunes français passés par l’école ont entendu le nom de Dieu ? Former des générations dans l’ignorance et l’indifférence à l’égard du sacré et de la religion n’est pas innocent. Si on enlève dans toutes les matières la question de Dieu à l’école, il ne reste plus que les notes, et les aspirations de la société de consommation. Tout n’est plus envisagé qu’en vue de la réussite matérielle et économique.

Cependant le modèle républicain n’est pas un modèle libéral. L’héritage rousseauiste, et les contradictions françaises font que ce modèle à l’origine était censé inculquer des vertus.

L’échec du système républicain scolaire qui jusque dans les années 1970 fonctionnait encore relativement bien peut être imputé selon moi à deux causes majeures : une immigration inassimilable, phénomène amplifié dans un contexte universaliste, et des idéologies pédagogiques destructrices (méthode globale, nivellement par le bas des programmes, contestation de l'autorité de celui qui transmet…).

CONSTAT SUR L’ÉCOLE CONTEMPORAINE

Un échec global du système scolaire en terme de niveau :

La proportion d’élèves en difficulté ne cesse d’augmenter en France. 40% des élèves présentent de sérieuses difficultés en lecture en sortant du primaire, 20% encore à l’âge de quinze ans, presqu’un sur quatre quitte l’école à 16 ans sans le moindre diplôme, se trouvant ainsi fragilisé à l’entrée dans l’âge adulte.

Notre système scolaire peine donc à assurer l’instruction de tous les enfants, quel que soit le milieu socio-économique de leur famille, en dépit de leurs aptitudes et talents personnels.

Source : INSEE – enquête 16 novembre 2011 et OCDE – enquête PISA décembre 2016

Mais aussi un énorme échec en terme de formation humaine :

Sous le masque de la pédagogie le règne de la démagogie: un enfant a besoin de repères, d’un cadre, d’une règle, d’une discipline. Nos écoles modernes ne sont plus bonnes qu’à former en masse de petits ignorants n’aspirant qu’à jouir égoïstement des loisirs débilitants de notre société du spectacle. Abreuvés sans interruption par leurs smartphone, sollicités en permanence par les impératifs de la publicité, nos enfants sont en train de devenir les esclaves d’une société mercantile dans laquelle il n’y a plus de place ni pour le don gratuit, ni pour l’effort, ni pour la beauté, ni pour le divin. Les vertus encore enseignées par l’école républicaine dans les années 70 sont désormais hors de portée, même si certains enseignants y croient encore ils ne songent plus à les enseigner.

Cet échec « n'est pas le résultat d'un problème de moyens, de financement ou de gestion ; c'est un bouleversement intérieur. Il s'est produit un phénomène unique, une rupture inédite : une génération s'est refusée à transmettre à la suivante ce qu'elle avait à lui donner, l'ensemble du savoir, des repères, de l'expérience humaine immémoriale qui constituait son héritage. »

« Cette crise n'est pas un problème de moyens ni d'organisation : c'est une question de finalités. »

Source : Les Déshérités ou l'urgence de transmettre, François-Xavier Bellamy, éditions Plon, Paris, 2014

POURQUOI L’ÉCOLE ?

Le but de l’école n’est pas de produire des savants mais de faire des hommes.

La bourgeoisie libérale conservatrice attend de l’école qu’elle soit élitiste, qu’elle privilégie les enseignements qui rapportent sur tout ce qui peut apporter aux enfants une colonne vertébrale spirituelle. La culture n’a jamais eu pour but de réussir des concours d’école de commerce, elle est une nourriture spirituelle, un héritage qui donne à l’homme ses repères. Nous ne voulons pas seulement d’une école qui ait un bon niveau, nous voulons une école qui forme des hommes. Une école qui forge les volontés.

En tant que professeur, je ne considérerai pas ma mission comme accomplie le jour où un de mes élèves intégrera HEC, mais le jour où j’apprendrai qu’un de mes élèves est mort courageux sur un champ de bataille, qu’un autre est devenu prêtre, ou qu’un autre est devenu un homme respectable généreux de lui- même au service du bien commun.

CRÉONS NOS ÉCOLES !

Donc aujourd’hui, non seulement nos écoles sont une catastrophe en terme de niveau scolaire, mais même les écoles les plus élitistes comme Stanislas ou Henri IV ne cherchent qu’à former des bêtes à concours; lorsqu’il s’agit d’une école catholique on ajoute un léger vernis de catéchisme, histoire de ne pas dénoter dans les salons bourgeois.

Nos enfants ne sont pas à l’abri de ces tendances de société. A moins de les couper du monde il est impossible qu’un enfant soit totalement à l’abri de la publicité, des spectacles vulgaires et stupides, des gadgets débilitants, de la pornographie…

Or nous ne pouvons, ni ne devons, couper totalement nos enfants du monde dans lequel nous vivons.

Notre devoir, plutôt que de nous lamenter, est d’oeuvrer à créer nos propres écoles. Ces écoles ne doivent pas être des cages ou des asiles fermés au monde et à ses aspirations mais plutôt des lieux dans lesquels les jeunes garçons et les jeunes filles seront préparés à affronter le monde moderne, en chrétiens, en en comprenant tous les enjeux.

L’école libre est devenu un acte de résistance nécessaire dans tous les domaines car ce n’est pas seulement la foi qui est attaquée mais également la pédagogie, l’enseignement de l’histoire, de la littérature et de la langue. Les manières d’apprendre en vigueur ont toutes démontré leur inefficacité voir même leur nocivité. Les écoles libres sont donc dès aujourd’hui des lieux dans lesquels vos enfants apprennent la langue de leurs ancêtres, l’histoire de leur pays, le goût de l’effort et du sacrifice et surtout le sens de Dieu et du sacré.

L’école est un outil de reconquête politique. En ayant une influence sur l’école nous aurons une influence sur l’avenir et sur la régénération de notre société.

Le combat pour l’école a souvent été négligé dans nos milieux. Si les combats pour la ré-information, ou pour la politique commencent à être davantage investis, il ne faut pas oublier celui qui reste à mener pour l’éducation.

Les problèmes que nous rencontrons dans notre vie auraient souvent pu être résolus par une bonne éducation. La lâcheté, la paresse, l’intempérance sont des vices du caractère qui peuvent être corrigés par l’éducation.

L’école libre nous ouvre une alternative inédite pour ouvrir nos propres écoles. Il faut les envisager comme des "écoles pirates", comme des ilots de liberté construits à l’écart du système. Bien évidement la liberté à un prix. Les financements des écoles hors-contrat sont à trouver par nous-mêmes, il y aura des sacrifices à faire en terme de confort, de carrière et de réputation. Mais une école libre nous permet davantage de manoeuvre pour refonder une éducation intégrale.

Nous pouvons envisager aussi des écoles qui sortent du modèle unique en proposant une redécouverte des métiers manuels, en adaptant des classes à des besoins plus particuliers des enfants, en faisant redécouvrir des auteurs oubliés, en apprenant aux enfants à aimer l'histoire de leur pays, en développant des enseignements qui ont été évacués de l'école ordinaire : chant, art...

Les écoles privées sous contrat d’association avec l’Etat bénéficient d’aides publiques mais doivent en contrepartie renoncer au choix des professeurs et appliquer les programmes et méthodes pédagogiques imposés par l’Education Nationale.

Les écoles vraiment libres entendent quant à elles offrir le meilleur aux enfants, quitte à renoncer au soutien financier direct de l’Etat.

Elles sont régies par le Code de l’éducation et présentent des garanties de qualité :

  • Bâtiments aux normes requises

  • Professeurs qualifiés

  • Respect du Socle commun défini par les pouvoirs publics

  • Qualité pédagogique supérieure, visible par la réussite aux examens nationaux

Sans l’aide de bienfaiteurs et mécènes, ces écoles ne peuvent mener à bien leurs projets et offrir les mêmes chances aux enfants de familles plus modestes.

Cette école est donc un instrument concret à notre portée.

COMMENT MONTER UNE ÉCOLE LIBRE ?

La Fondation pour l’école dispense des formations pour les futurs directeurs d’école. La meilleure solution reste de s’adosser à une communauté religieuse qui récolte des fonds et fournit des professeurs bénévoles. En plus de cela le rayonnement spirituel des communautés religieuses est souvent favorable à l’éducation des élèves. Grandir dans une école en étant entouré de religieux marque à jamais les enfants. Les prêtres malgré leurs défauts peuvent parfois être des modèles de générosité extrêmement édifiants.

Chacun peut aider à sa manière les écoles hors contrat, en donnant du matériel ou de l'argent mais aussi en donnant ses compétences, en s’investissant comme professeur.

Le métier d’enseignant est une vocation. C’est un métier qui par certains aspects peut paraître ingrat. Nos élèves ne sont pas immédiatement reconnaissants du travail fourni par leurs professeurs; nous avons souvent le mauvais rôle : donner du travail, sanctionner…

Le salaire d’un professeur dans le hors contrat n’est pas bien épais mais à côté de cela il y a des joies que peu de métiers peuvent apporter, la conviction de servir une juste cause, le fait de voir nos élèves progresser et parfois nous surprendre. Être professeur c’est donc avant tout y croire, ensuite c’est un travail de préparation des cours, de correction de copies qui est conséquent, mais nous pouvons aussi profiter des vacances scolaires pour avoir d’autres activités. La vie en province est tout à fait possible avec un petit salaire d’enseignant dans le hors-contrat.

BILAN SUR NOS ÉCOLES : ÉCHECS ET RÉUSSITES

Il ne faudrait cependant pas trop s’auto-célébrer. Nos écoles libres sont encore très imparfaites. Les écoles catholiques sont souvent à l’image de ce que sont aujourd’hui les catholiques : assez peu politisées, souvent aussi un peu bourgeoises, parfois incohérentes.

Les élèves qui arrivent dans nos écoles sont souvent aussi des privilégiés. Il y a encore du travail pour faire de ces écoles de vrais bastions scolaires de reconquête. Nous comptons sur votre investissement !

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