• Jean Terroir

Le choc des civilisations


Jean Terroir – Géographe - animateur du Cercle Non Conforme

Un récent article de BV relate que d'après le site thereligionofpeace, environ 30000 attentats ont été commis au nom de l'islam depuis septembre 2001. http://www.bvoltaire.fr/silviomolenaar/deja-30-000-attentats-au-nom-de-lislam-depuis-septembre- 2001,276416

Une liste effrayante d'attentats et d'agression commis au nom de l'islam a également circulé, fin juillet sur les medias de ré-information français.

Plusieurs postures face à ce phénomène :

– le déni – l'indifférence – la rhétorique guerrière

Par déni, il y a ceux qui refusent de voir qu'une fraction de la population française, et à d'autres échelles, de la population européenne et mondiale commet des agressions au nom d'une religion, l'islam. Ceux qui sont dans le déni sont de deux natures : la pensée dominante « padamalgam » et des éléments issus de l'extrême-gauche pro-palestinienne ayant basculés dans ce qu'on appelle « l'extrême-droite » qui accusent souvent le « système » de pousser au choc des civilisations entre l'Occident et l'islam : « cilisiouniss ». l'idée serait que l'oligarchie se nourrit du choc des civilisations pour asseoir son pouvoir et créer un monde liberticide.

L'indifférence, c'est ce que nous retrouvons bien souvent autour de nous : alors que attaques et agressions se multiplient, nous observons assez peu de réactions. Les Français changent modestement leurs habitudes, s'en remettent à l'Etat pour leur sécurité. Sauf en Corse et récemment à Rennes, nous notons que la population française se tient assez tranquille : une vingtaine d'actes jugés islamophobes d'une extrême gravité : quelques lardons dans une boîte au lettre, des tags, un gâteau écrasé...

Toutefois se développe une rhétorique guerrière, un désir de « nouvelle croisade ». On voit fleurir certains sites avec une imagerie médiévale à base de croisés.

La réponse de l'Etat est assez simple : padamalgam, contrôle des patriotes pour éviter les ripostes avec des saisis d'armes de chasse ou des condamnations lourdes pour islamophobie (6 mois avec sursis pour les lardons dans la boîte aux lettres), œcuménisme d'Etat, dialogue avec les « autorités » musulmanes, dont certaines sont proches de Frères musulmans, on parle de « terrorisme » sans forcément nommer d'où il vient, on nous parle de « déséquilibrés », etc... ritournelles sur le vivre- ensemble...

Difficile donc de croire que le « système » nous pousse à haïr les musulmans et l'islam. Une telle grille de lecture ne peut pas être prise au sérieux désormais. Il nous faut donc démêler cette question du choc des civilisations en prenant du recul sur l'actualité et sur les postures politiques.

Nous verrons d'abord que le choc des civilisations est une théorie des relations internationales au sein de la mondialisation dans un monde post-guerre froide avant d'être une question idéologique ou politique. Nous définiront ensuite ce qu' Huntington définit par « civilisation », enfin j'exposerai les mythes et les réalités du choc des civilisations.

1) Contexte d'écriture aux Etats-Unis : Une théorie des relations internationales au sein de la mondialisation dans un monde post-guerre froide

Sans amalgamer les deux, la géopolitique, qui est une discipline, a connu un certain reflux dans le monde des relations internationales après 1945 pour diverses raisons dont l'une d'entre-elle était que la géopolitique était une discipline allemande. Mais d'autres griefs lui sont apportés par différents acteurs.

  • – Les tenants du tout économique.

  • – La lecture idéologique (exemple : guerre froide)

  • – Les opposants aux thèses identitaires, à ceux qui affirment la nation, la puissance, ...

  • – Les tenants de la déterritorialisation (le monde de réseau, qui va faire disparaître les nations,

les Etats, ...).

La tendance idéologique était présente pendant la guerre froide, elle n'a pas disparu, mais elle a été marquée par une dimension anti-identitaire, et d'autres éléments sont venus contrer le réveil de la géopolitique : les tenants du tout économique et les tenants de la déterritorialisation. Ce sont les apôtres de la mondialisation heureuse....

Exemple chez F. Fukuyama, la « fin de l’histoire » se traduit par une compétition purement économique entre puissances libérales. L’apparition de la géo-économie, formulée par Edward Luttwak (1990), reflète aussi cette évolution.

Relations internationales et géopolitique sont aussi confrontées à la question de la puissance :

Fin 80' un débat anime la sphère anglo-saxonne avec la sorti de l'ouvrage de Paul Kennedy The Rise and Fall of the Great Powers (imperial overstretch) L'analyse de Kennedy montre qu'après l''essor il y a une chute qui est du à une surextension impériale. Le maintien de l'empire dépasse les capacités de la puissance impériale.

Paul Kennedy explique (1987) que dans un avenir à moyen terme il en sera le même de l'empire US.

Joseph Nye : Bound to Lead : condamné à gouverner. (formé à Harvard puis membre de différents gouvernements US), conseiller de John Kerry. Il est pour les démocrates l'équivalent du conservateur Huntington.

Aujourd'hui, une réflexion est toujours portée sur le déclin – ou pas – des Etats-Unis (cf. La chute des empires de Lentz et Gueniffey)

Au final nous pouvons distinguer trois manières de percevoir les relations internationales :

  • – école des réalistes (faucon) qui tire ses racines chez Thucydide, Clausewitz, Machiavel, Max Weber, Carl Schmitt, Morgenthau, Kissinger/ Postulats : le fait prime le principe, le monde est en état d'anarchie permanente, le but n'est pas d'instaurer la paix mais un équilibre. Intérêt bien compris. Les grands états doivent organiser l'équilibre (unipolaire, bipolaire).

  • – Internationalisme liberal (colombe), se développe avant le réalisme. Courant d'idée très populaire avant la guerre froide, on l'associe au wilsonisme. (Se base sur Kant du projet de paix perpétuel). Le monde est multipolaire, interdépendance qui peut s'exercer par le commerce. L'équilibre repose sur les associés-rivaux. C'est au sein de cette école qu'on rethéorise la guerre juste. (ex. Michaël Walzer)

– Le constructivisme social (chouette) : il tranche avec les autres. Il est plus récent. Et les notions de hard et soft power viennent de ce courant. Il existe dans la puissance une primauté des facteurs invisibles : normes, valeurs, cultures, identités. L'Etat est un acteur clef, mais un acteur parmi d'autres avec les organisations internationales, ong, entreprises, société civile « mondiale ». ce courant se veut empirique.

Prolifération de conflits asymétriques. Changement de nature du pouvoir (Nye)

Nye doyen d'Harvard répond (Bound to lead – 1990) : pour la première fois, il se met à parler du soft power. Mais ce n'est là qu'un élément de réponse à Kennedy. La puissance a changé de nature, P.K. ne perçoit de la puissance que sa fraction la plus traditionnelle (militaire, diplomatique) et il sous estime les nouveaux ressorts de puissance.

Un autre auteur va aussi connaître une certaine importance avec un ouvrage aujourd'hui daté, le Grand échiquier, il s'agit de Zbigniew Brzezinski ; qui lui même va recycler les vieilles théories du contrôle du heartland (eurasie). J'en parle car beaucoup de commentateurs voient dans Brzezinski et dans Huntington, les deux têtes pensantes de la politique étrangère US, mais la réalité est plus complexe. C'est à mon sens faux pour Huntington (on y reviendra) et en parti pour Brzezinski.

Ainsi pour lever toute ambiguïté, Huntington propose d'abord et avant tout une théorie géopolitique ou du moins une théorie des RI.

D'acord durant l’été 1993 dans la revue Foreign Affairs. Par un article intitulé The Clash of Civilizations ? où il posait l'hypothèse suivante : Les conflits entre groupes issus de différentes civilisations sont-ils en passe de devenir la donnée de base de la politique globale ? C'est en raison des réactions et des commentaires suscités à travers le monde par l'article que Huntington publie sous forme d'ouvrage une nouvelle grille de lecture des relations internationales. Il a été publié en 1996 et traduit en France en 1997, la même année que « le Grand Echiquier ».

Dans l'ouvrage il dépasse l'école réaliste qui ra tendance à restreindre les RI et la géopo aux Etats, qui conteste la lecture mondialiste de l'internationalisme libéral en introduisant des éléments de distinctions forts entre les sociétés mondiales sur une base civilisationnelle (j'allais dire culturelle pour me faire comprendre, c'est d'ailleurs le reproche formulé à Brzezinski également) et c'est aussi une critique apportée au constructivisme social et au soft power en indiquant que la domination culturelle des USA sur certains aspects doit être très largement nuancée. Huntington conteste l'idée de civilisation universelle et considère qu'il ne faut pas confondre la modernisation des sociétés avec leur occidentalisation.

« Le monde d’après la guerre froide comporte sept ou huit grandes civilisations. Les affinités et les différences culturelles déterminent les intérêts, les antagonismes et les associations entre Etats. Les pays les plus importants dans le monde sont surtout issus de civilisations différentes. Les conflits locaux qui ont le plus de chance de provoquer des guerres élargies ont lieu entre groupes et Etats issus de différentes civilisations. La forme fondamentale que prend le développement économique et politique diffère dans chaque civilisation. Les problèmes internationaux les plus importants tiennent aux différences entre civilisations. L’Occident n’est plus désormais le seul à être puissant. La politique internationale est devenue multipolaire et multicivilisationnelle. »

2) Les civilisations Définition civilisation :

  • – on distingue « la civilisation », par opposition à la barbarie, « des civilisations ». Cette distinction déjà présente dans l'Antiquité chez les Grecs et chez les Romains est réaffirmé par les penseurs français du XVIIIeme siècle : la civilisation se caractérise par des institutions, le développement des villes et l'éducation.

  • – Une civilisation est « une entité culturelle « , une culture au sens large » caractérisée par « des manières de vivre » (mais aussi par des techniques).

  • – Une civilisation est englobante, c'est à dire qu'elle rassemble malgré des différences : ex. l’Italie du sud a des différences avec l’Italie du nord, mais les deux appartiennent à la culture italienne, qui elle-même se distingue de la culture allemande, les deux faisant parties d'un ensemble civilisationnel européen (occidental) qui diffère des autres civilisations : chinoise, japonaise ou islamique. Si bien que la civilisation est le plus grand ensemble existant. Toynbee : « les civilisations englobent sans être englobées par les autres ».

  • – Une civilisation peut être mortelle (à l'image des empires)

  • – Une civilisation n'est pas directement politique, elle n'est pas un Etat, elle ne peut pas, par

exemple, dire le droit.

Huntington définit donc neuf civilisations :

– la civilisation chinoise

– la civilisation japonaise

– la civilisation hindoue

– la civilisation musulmane

– la civilisation occidentale

– la civilisation latino-américaine (qu'il distingue de l'occidentale)

– La civilisation africaine

– la civilisation orthodoxe qui est mentionnée ça et là mais pas dans le chapitre dédié.

Il ne reconnaît pas la civilisation bouddhiste ou juive.

C'est là que naît une partie de l'incompréhension autour de Huntington. Ceux qui ne l'ont pas lu ou se contentent du planisphère en couleur de Google image ne peuvent pas savoir qu'il distingue des sous-ensembles dans les civilisations. Il reconnaît pleinement les différences au sein même des civilisations : il parle de sous-culture ou de sous-civilisation arabe, turque, persane et malaise pour la civilisation musulmane par exemple . Donc ceux qui disent ou écrivent que « Huntington oppose un bloc musulman à un bloc occidental » ne l'ont ou pas lu, ou pas compris.

Ainsi, l'Arabie saoudite et l'Iran se détestent, mais ils sont d'accord lorsqu'il s'agit de refuser l'occidentalisation, comme chiites et salafistes sont d'accord pour s'opposer à Israël. Il peut donc y avoir des tensions entre les Etats d'une même civilisation, il n'en demeure pas moins qu'ils seront souvent d'accord face à une menace provenant d'une autre civilisation, les exemples ne manquent pas dans l'histoire, je vous en citerai deux, anciens : l'alliance des Grecs contre les Perses malgré l’hostilité que se vouent Athéniens et Spartiates et le refus des Portugais de faire la guerre à la Castille (ennemi politique) au XVeme siècle préférant poursuivre la Reconquista.

Henri le navigateur à son père, Joao Ier de Portugal avant de s'engager dans la campagne pour s'emparer de Ceuta :

"Il ne serait pas concevable de renoncer à la guerre contre les infidèles parce que de cette guerre pourrait résulter un avantage pour le roi de Castille, car les Maures sont les ennemis naturels et les Castillans seulement des ennemis occasionnels."

Autre exemple avec la fin des conflits en Italie pour faire face aux Ottomans.

Il y a aussi des contre-exemple, le plus fameux étant l'alliance entre François Ier et Soliman contre les Etats d'Europe centrale : tragique erreur...

Ainsi Huntington rappelle que sa théorie n'est valable qu'à un temps t, et refuse d'en faire une grille de lecture historique absolue. Il s'appuie aussi pour cela sur la multiplication des organisations continentales : union africaine, ligue arabe, union européenne, ... il note aussi que dans le vocabulaire « monde libre » très employé pendant la guerre froide et qui fait référence à une dimension plus idéologique (les pays libres de l'emprise communiste) laisse peu à peu place à « occident », c'est à dire à une donnée géographique (ce qui est unique) représentant l'Europe et les pays de peuplement européens (Etats-Unis, Nouvelle-Zélance, Australie, Canada) et même l'Amérique-latine chez certains, mais Huntington préfère les distinguer des pays anglo-saxons et européens, à juste titre.

3) Mythes et réalités du choc des civilisations

– La continuation des luttes de décolonisation par d'autres moyens

Recul de l'europe depuis 1914 Interim us marxisme / islamisme : l'islam, religion du tiers, monde, religion des pauvres, religion des exclus

Analyse du cas algérien : du FLN à Adel Kermiche

– Un choc essentiellement entre l'Occident et le reste du monde et qui ne se limite pas au monde musulman

Il n'y a évidemment pas d'affrontement global entre « les musulmans » et « les occidentaux ». Mais il y a effectivement un « choc » entre deux civilisations en terme de degrés. De la racaille en jogging au salafiste quiétiste, le rapport homme-femme est extrêmement problématique. Les filles de banlieue ont donc souvent tendance où à se « masculiniser » : jogging, grossièretés, etc... ou à s'islamiser (voile, niqab, ...). La femme « féminine » étant brocardée : une simple robe est déjà perçue comme un vêtement indécent. Assumer sa féminité est donc très compliqué.

Autre idée : l'Occident s'est appuyé sur les islamistes

  • – afgha, bosnie, kosovo, syrie,

  • – entente avec les frères musulmans (soros, tareq oubrou, ...)

Rejet total de l'Occident : rejet de la modernisation et de l'occidentalisation La voie kémaliste : adhésion à la modernisation et à l'occidentalisation Le réformisme : modernisation sans occidentalisation

Frères muzz ? Opposition am sud (chavisme), chine, russie, ...

– Un choc interne au monde occidental entre traditionalistes/conservateurs et progressistes/post-modernistes

Si la guerre est la continuation de la politique par d'autre moyen, alors la paix sera la continuation de l'économie.

– L'Etat demeure toutefois la forme privilégiée des RI Un Etat à la politique de sa géographie (napoléon)

(Il en va de même sur le droit ou la liberté : l'Occident se caractérise entre autre par le droit, vieil héritage romain. Le droit est très peu présent, ou peu compris ailleurs, où les structures judiciaires demeurent tribales ou religieuses. Il en va de même pour la liberté, même si ce mot est galvaudé, l'Occident se caractérise par un attachement à la liberté : déesse libertas à Rome, distinction libre / non-libre chez les grecs (la liberté étant l'appartenance à une cité), même chez les populations germaniques : les Francs sont « les libres », libre arbitre chez Augustin d'Hippone, Thomas d'Aquin ou Erasme etc... cette question de la liberté revient continuellement en Occident. Alors certes, ce qu'on définit par « liberté » n'est pas forcément de même nature et la liberté antique, n'est pas la liberté catholique médiévale, ni le libéralisme anglo-saxon issu du protestantisme. Mais cela repose tout de même sur une réflexion autour de cette notion. Aujourd’hui encore, la critique de la société de consommation se fait autour de l'idée de liberté : nous devons par exemple refuser l'aliénation par la marchandise, la télé, etc... il est donc tout à fait » occidental de critiquer le monde ... occidental. A ce titre notons que Huntington pointe du doigt que toutes les idéologies politiques sont occidentales.)

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